Le bras de fer entre l’ancien président Joseph Kabila et le président Félix Tshisekedi franchit une nouvelle étape en République démocratique du Congo. Vendredi 16 octobre, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a accusé l’ex chef de l’État de préparer une offensive contre le pouvoir en place.
« Kabila a décidé de formaliser son offensive de grande envergure contre la République », a-t-il déclaré. Ces accusations surviennet quelques jours après la création, le 12 octobre à Goma, du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition politico-militaire dirigée par Kabila et constituée autour de l’Alliance du fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 mars (M23).
Pour Patrick Muyaya, cette nouvelle structure ne change rien aux objectifs de la rébellion. « Les acteurs restent les mêmes, la nature du mouvement reste la même », a-t-il affirmé. De son côté, Joseph Kabila accuse le gouvernement de chercher à se maintenir en place, le jugeant « motivé uniquement par sa propre pérennité au pouvoir ».
Kinshasa maintient ses exigences
Au sein du camp présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social insiste sur le retrait des forces rwandaises du territoire congolais. Le secrétaire général Déo Bizibu, désigné par la convention du parti, le juge indispensable au rétablissement de la paix, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité de l’ONU.
La création du FRN soulève des questions sur l’avenir des négociations de Doha. Dans un communiqué du 14 octobre, le mouvement a affirmé reprendre les engagements de l’ancienne coalition, notamment ceux liés au processus de paix sous médiation qatarie.
Le politologue Hubert Kabasubabo estime toutefois que la réorganisation pourrait remettre en cause les accords précédemment négociés. Selon lui, Kabila chercherait à utiliser les capacités militaires du mouvement pour renforcer sa position lors d’éventuelles discussions avec Félix Tshisekedi.
Quel avenir pour les négociations de paix ?
Sur le plan diplomatique, les efforts se poursuivent. L’envoyé spécial de l’ONU pour les Grands Lacs Huang Xia a évoqué une « fenêtre d’opportunité » pour la paix. Il a salué les progrès des médiations menées par les États-Unis et le Qatar, tout en appelant les parties à respecter leurs engagements.
Sur le terrain, les combats continuent dans l’est de la RDC, notamment au Sud-Kivu. Les inquiétudes persistent quant à une possible extension du conflit à d’autres régions, alors que les populations civiles subissent déjà les conséquences de plusieurs années de violences.
Malgré la volonté affichée par le FRN de maintenir les engagements pris à Doha, les désaccords avec Kinshasa demeurent importants. Les discussions de paix se déroulent ainsi dans un climat de défiance, sur fond d’accusations réciproques et de tensions militaires.