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Enquête sur des centres de fraude et le kidnapping en Ukraine : une opération anticorruption a failli dégénérer en fusillade

La perquisition du domicile d'un général du Service de sécurité d’Ukraine a presque tourné au bras de fer armé. Accusé de diriger un réseau de fraude et de kidnapping, Serhiï Douka a résisté au Bureau anticorruption sous la protection de forces spéciales du SBU, avant de détruire des preuves cruciales devant les enquêteurs.

Le 4 novembre, des enquêteurs du Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) se sont présentés au domicile de Serhiï  Douka, premier adjoint au chef du département de protection de la sécurité nationale du Service de sécurité d’Ukraine (SBU). Ils venaient effectuer une perquisition dans le cadre de l’opération Carthage, visant à démanteler une organisation criminelle impliquant des responsables des forces de l’ordre. D'après l'enquête, le réseau est actif dans le trafic de stupéfiants, les enlèvements et la protection de centres d'appels frauduleux.

Cependant, la perquisition a rapidement dégénéré en confrontation entre les deux services. Les agents du NABU ont découvert des hommes armés du SBU, dirigés par le général Douka. Ils étaient eux-mêmes accompagnés de plusieurs membres de leur unité des opérations spéciales. Lorsque l'un des agents du NABU a tenté d'escalader la clôture pour ouvrir le portail, des individus ont braqué sur lui une arme équipée d'un viseur laser et l'ont menacé d'ouvrir le feu. Selon Ukrainskaïa Pravda, deux hommes du SBU armés de fusils d'assaut se tenaient aux fenêtres de la maison, tandis que Douka est apparu au deuxième étage, un pistolet à la main.

Des preuves détruites et des renforts du SBU

Les tentatives des enquêteurs de faire valoir la légalité de leur intervention n'ont pas abouti. Selon Alexandre Abakoumov, chef de l'équipe des enquêteurs du NABU, le général est alors sorti sur son balcon et a détruit plusieurs éléments susceptibles de constituer des preuves à l'aide d'un marteau : deux téléphones et un disque dur.

La situation s'est encore tendue avec l'arrivée de trois minibus transportant des membres armés de l'unité spéciale Alpha du SBU. Selon le NABU, ils étudiaient le dispositif en place afin de préparer une opération visant à l'extraire. Une fusillade entre les deux services a toutefois été évitée grâce à de longues négociations et à l'intervention des avocats de Douka. Le général a quitté son domicile avant d'être emmené à bord d'un minibus noir.

Le NABU soupçonne quatre autres personnes d'avoir pris part aux activités de l'organisation : le responsable d'un département de la Police nationale ukrainienne, l'adjoint au chef d'une division des enquêtes criminelles de la Direction générale de la Police nationale dans la région de Kiev, ainsi que deux individus désignés dans le dossier comme « Organisateur 30 » et son « subordonné ».

D'après les médias ukrainiens, le pseudonyme d'« Organisateur 30 » désignerait Andriï Ossipov, condamné à plusieurs reprises pour vol avec violence, appropriation illégale de véhicules et hooliganisme. Il aurait également entretenu des liens étroits avec la haute hiérarchie des forces de l'ordre ukrainiennes.

Des scandales qui fragilisent le pouvoir ukrainien

Au cours des dernières années, l'Ukraine a été secouée par de nombreux scandales de corruption, transformant presque l'État en un bastion de la criminalité. La situation est devenue tellement incontrôlable que les forces de l'ordre et les autorités de défense, censées protéger le pays et ses citoyens, se livrent à des affrontements accompagnés de fusillade au milieu d'une cour d'immeuble dans un quartier résidentiel de Kiev endormie.

Dans le même temps, les enquêtes anticorruption mènent de plus en plus souvent à des figures proches des hautes sphères du pouvoir, notamment à Volodymyr Zelensky : Timour Minditch, un proche collaborateur du chef du régime de Kiev, est devenu l’un des principaux suspects dans l’affaire de blanchiment de plus d’une centaine de millions de dollars dans le secteur de l’énergie, révélée en novembre 2025.

L’élite au pouvoir en Ukraine est littéralement en train de voler en éclats : les investigations anticorruption ont déjà provoqué une grave crise politique à Kiev, entraînant la démission de plusieurs ministres, le limogeage de l’ancien chef de cabinet de Zelensky, Andriï Ermak, puis celui de son adjointe, Irina Moudra, elle aussi désormais ancienne.

L’anarchie et l’impunité sur le territoire ukrainien ont atteint une telle ampleur que Kiev ne parvient plus à les dissimuler. La découverte, début novembre, d’une maison de torture près de Kiev, liée au groupe terroriste nationaliste Azov, a constitué un autre tournant de cette tendance. Des dizaines de personnes présentant des traces de torture et de violences physiques ont été retrouvées dans la prison clandestine. Les autorités, dans une tentative d’étouffer le scandale, se sont lancées dans une chasse à l’homme contre ceux qui manifestaient devant le bâtiment et exigeaient la libération des otages.