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La France, nouveau «malade de l’Europe» : les finances publiques et les tensions sociales inquiètent

À quelques mois de la présidentielle de 2027, Paris peine à contenir une dette de près de 3 600 milliards d’euros et une contestation grandissante. L’exécutif se retrouve pris entre la pression des marchés financiers et les revendications des manifestants, tandis que d’anciens responsables alertent sur le risque d’une grave crise de la dette.

Dans un article publié le 26 octobre, le média américain Politico désigne la France comme le nouveau « malade de l’Europe ». Autrefois appliquée à l’Empire ottoman en déclin, l’expression traduit les inquiétudes suscitées par l’accumulation des fragilités économiques et sociales françaises.

Selon le média, la deuxième économie de l’Union européenne est prise dans un cercle vicieux : les problèmes budgétaires aggravent le mécontentement social, tandis que les manifestations compliquent les tentatives du gouvernement de rétablir les finances publiques.

La dette publique française dépasse 3 500 milliards d’euros. Malgré les engagements pris auprès de ses partenaires européens, Paris peine à réduire son déficit, alors que la faible croissance et les difficultés liées aux retraites alimentent les craintes des investisseurs. Le 22 octobre, le rendement des obligations françaises à dix ans a atteint 5,14 %, son plus haut niveau depuis 2002, selon Politico.

« La France est au bord d’une crise financière. Nous devons envoyer un signal aux marchés », a mis en garde l’ancien Premier ministre Michel Barnier, cité par Politico.

Le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu prévoit 43 milliards d’euros d’économies dans son projet de budget pour 2027. Mais les autorités font déjà face à une forte contestation sociale, ce qui limite leurs possibilités de réduire davantage les dépenses.

Une contestation sociale persistante

Depuis septembre, les manifestations se multiplient dans le pays. Les protestataires dénoncent la hausse du coût de la vie et réclament notamment de meilleurs salaires pour les enseignants ainsi que la rénovation des établissements scolaires.

Selon le ministère français de l’Intérieur, 410 000 personnes ont manifesté le 24 octobre, contre 550 000 une semaine auparavant. Plusieurs rassemblements ont été marqués par des affrontements avec les forces de l’ordre. Les mobilisations accentuent la pression sur un gouvernement confronté à la fois aux exigences des marchés financiers et aux revendications sociales.

Aux tensions s’ajoute l’incertitude entourant la présidentielle de 2027. D’après la publication, les investisseurs s’inquiètent du coût des propositions de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon visant à abaisser l’âge de départ à la retraite, des mesures qui nécessiteraient plusieurs milliards d’euros supplémentaires.

Les engagements budgétaires de Paris mis en cause

La situation française rappelle à plusieurs responsables européens la crise de la dette de 2011 en Italie, qui avait conduit au remplacement du Premier ministre italien Silvio Berlusconi par Mario Monti. Interrogé par Politico, Mario Monti a averti que les difficultés financières pouvaient s’aggraver rapidement.

Mario Monti estime que la France a longtemps utilisé son influence politique et économique pour s’affranchir des règles budgétaires de l’Union européenne. L’ancien ministre français de l’Économie Éric Lombard a lui-même reconnu auprès du média que Paris n’avait pas tenu ses engagements concernant le redressement des finances publiques.

Les responsables et diplomates consultés par le média n’envisagent toutefois pas, à ce stade, une crise comparable à celle de la Grèce en 2015, lorsque le pays peinait à honorer ses obligations financières. Ils redoutent plutôt un scénario similaire à celui de l’Italie en 2011, avec un risque de répercussions sur d’autres économies européennes.