Le Burkina Faso rejette une résolution du Parlement européen et dénonce une «ingérence»

Le Burkina Faso rejette une résolution du Parlement européen et dénonce une «ingérence»© RS
Le chef de la délégation de l'Union européenne à Ouagadougou, Philippe Bronchain, lors de sa convocation par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, le 22 juin 2026.
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Le gouvernement burkinabè a vivement rejeté la résolution adoptée le 18 juin par le Parlement européen sur la situation des libertés fondamentales au Burkina Faso. Ouagadougou a convoqué le chef de la délégation de l'Union européenne pour protester contre les critiques formulées par l'eurodéputé français Christophe Gomart.

Le Burkina Faso a haussé le ton face à l'Union européenne. Dans une note verbale publiée le 24 juin par son ministère des Affaires étrangères, le gouvernement a rejeté avec fermeté la résolution adoptée le 18 juin par le Parlement européen sur la « persistance de la répression de l'espace civique et des libertés fondamentales au Burkina Faso », dénonçant un texte fondé sur des « allégations infondées » et inspiré, selon lui, par des « desseins néocoloniaux ».

Les autorités burkinabè estiment que cette résolution constitue « une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures d'un État souverain », en contradiction avec les principes de la Charte des Nations unies relatifs à l'égalité souveraine des États et à la non-ingérence. Elles accusent également certains parlementaires européens de continuer à promouvoir une « approche paternaliste » des relations internationales, davantage guidée par des considérations idéologiques que par une analyse objective de la situation au Burkina Faso.

La résolution, non contraignante, avait été adoptée par 476 voix contre 11, avec 75 abstentions. Elle appelle notamment à l'ouverture d'enquêtes indépendantes sur des allégations de violations des droits humains, dénonce la réduction de l'espace civique et exprime des inquiétudes quant à l'influence croissante de la Russie au Burkina Faso.

Au cœur de la controverse figurent également les déclarations de l'eurodéputé français Christophe Gomart, vice-président de la commission sécurité et défense du Parlement européen. Devant les députés européens, il avait évoqué « l'échec dramatique » des autorités burkinabè au pouvoir depuis 2022, estimant que « plus de la moitié du territoire échappe au contrôle de l'État » et que la situation sécuritaire s'est dégradée.

Ouagadougou convoque le chef de la délégation de l’UE

En réaction, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a convoqué le 22 juin le chef de la délégation de l'Union européenne à Ouagadougou, Philippe Bronchain. Selon un communiqué officiel, cette démarche visait à exprimer « la désapprobation, la déception et surtout le dégoût » suscités par la résolution européenne et les propos jugés « accusateurs, grossiers et mensongers » de l'élu français.

Le chef de la diplomatie burkinabè a reproché à Christophe Gomart de s'être exprimé sur un pays qu'il « n'a pas visité » et d'avoir présenté des « informations erronées ». Il a également dénoncé un discours « au relent néocolonialiste », estimant que l'eurodéputé avait ignoré les efforts consentis par le Burkina Faso, aux côtés du Mali et du Niger, dans la lutte contre les groupes armés.

Dans sa note verbale, le gouvernement burkinabè rappelle que la crise sécuritaire qui frappe le Sahel trouve son origine dans l'intervention militaire de l'OTAN en Libye en 2011. Selon Ouagadougou, cette opération a favorisé la prolifération des armes, le développement des groupes terroristes et l'expansion des réseaux criminels transnationaux qui déstabilisent aujourd'hui l'ensemble de la région.

Le Burkina Faso affirme néanmoins demeurer attaché à un dialogue « franc, respectueux et mutuellement bénéfique » avec l'Union européenne. Il prévient toutefois que ce dialogue ne pourra prospérer dans un climat marqué par « la condescendance, les injonctions ou les tentatives de remise en cause des choix souverains » du peuple burkinabè. Le gouvernement conclut en considérant que la résolution du Parlement européen est « nulle et de nul effet ».

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