Éthiopie : le TPLF prend le contrôle de plusieurs aéroports sur fond d’escalade avec l’armée fédérale
© Yuzu2020 Source: Gettyimages.ruLe Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) a pris le contrôle de plusieurs aéroports dans le nord de l’Éthiopie, sur fond de reprise des affrontements avec l’armée fédérale. Alors que les deux camps s’accusent mutuellement d’être à l’origine de cette escalade, l’ONU et l’Union africaine appellent à la désescalade et à la reprise du dialogue.
Les tensions se sont fortement aggravées entre les forces fédérales éthiopiennes et les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), dans le nord de l’Éthiopie, notamment à la frontière entre les régions du Tigré et de l’Afar. Deux sources humanitaires ont déclaré à l’AFP, le 22 septembre, sous couvert d’anonymat, que des affrontements avaient éclaté entre le TPLF et les forces fédérales dans les villes d’Abala et d’Erebti.
Ces informations ont ensuite été confirmées par une source sécuritaire éthiopienne, qui a précisé que le TPLF contrôlait Abala. D’autres sources locales et sécuritaires, citées par le média éthiopien Addis Standard, ont affirmé que les forces tigréennes avaient pris le contrôle de l’aéroport Alula Aba Nega, à Mekele, capitale du Tigré, dans la journée du 23 septembre.
Le conseiller du Premier ministre Abiy Ahmed, Getachew Reda, a indiqué le 23 septembre, dans une publication sur X, que le TPLF avait lancé une offensive contre les positions gouvernementales dans les régions de l’Afar et de l’Amhara et pris le contrôle des aéroports fédéraux du Tigré, entraînant la suspension des liaisons aériennes avec la région. Il a accusé le mouvement de porter « l’irresponsabilité à de nouveaux sommets ».
De son côté, Ethiopian Airlines a annoncé la suspension temporaire de ses vols à destination et en provenance de Mekele, d’Aksum et de Shire, en raison de la situation sécuritaire dans la région. La compagnie a précisé que la date de reprise du trafic aérien serait communiquée ultérieurement.
Le TPLF affirme mener un « combat défensif » face à une offensive fédérale
Dans un communiqué diffusé sur Facebook par la présidence du Tigré, les autorités régionales ont accusé les forces fédérales d'intensifier leurs attaques contre la région, notamment au moyen de frappes aériennes et de drones. Le texte dénonce la poursuite d’« actes de génocide », ainsi qu’une « invasion et une attaque ouverte » qui auraient provoqué d’importants dégâts.
Les autorités tigréennes affirment avoir ordonné à leurs forces de mener une « bataille défensive » afin de repousser cette offensive et d’assurer la survie de la population. Le communiqué ne précise toutefois ni l’identité des forces directement impliquées dans les différentes attaques dénoncées, ni les zones exactes et l’ampleur des combats.
Cette nouvelle escalade intervient trois jours seulement après l’annonce officielle de l’adhésion du TPLF à l’Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie (APFS), une coalition regroupant sept organisations armées et mouvements d’opposition hostiles au gouvernement fédéral dirigé par le Parti de la prospérité.
L’Alliance entend obtenir le départ du gouvernement d’Abiy Ahmed et la mise en place d’un « gouvernement de transition inclusif », conformément à une charte commune prévoyant la cessation des hostilités et l’ouverture d’un vaste dialogue constitutionnel, selon la presse éthiopienne.
Outre le TPLF, la coalition comprend l’Armée de libération oromo (OLA), le Mouvement national Fano Amhara et le Front national de libération de l’Ogaden. Elle rassemble également le Front d’unité démocratique révolutionnaire afar, le Mouvement populaire de libération du Benishangul et le Mouvement démocratique populaire gumuz.
L’ONU et l’Union africaine appellent à une désescalade immédiate
La reprise des affrontements dans le nord de l’Éthiopie suscite plusieurs réactions internationales. L’ambassadeur des États-Unis à Addis-Abeba, Erwin Massinga, a exprimé sa « déception » face à cette nouvelle offensive, dont il a attribué la responsabilité au TPLF.
De son côté, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’est déclaré « profondément préoccupé » par la détérioration rapide de la situation dans le nord de l’Éthiopie, notamment par la prise de contrôle des trois aéroports de Mekele, d’Aksum et de Shire, ainsi que par l’intensification des combats au Tigré et leur propagation aux régions voisines.
Il a appelé les parties à faire preuve de la plus grande retenue, à désamorcer immédiatement les tensions et à protéger les populations civiles. Il a également insisté sur la nécessité de garantir un accès sûr et sans entrave aux organisations humanitaires afin de venir en aide aux personnes dans le besoin. António Guterres a mis en garde contre toute action susceptible d’entraîner un conflit plus large et plus dévastateur, tout en réaffirmant son soutien aux efforts de médiation de l’Union africaine.
Pour sa part, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé les parties à la plus grande retenue et à la cessation immédiate de toute action susceptible d’aggraver les tensions. Il a également exhorté les deux camps à reprendre sans délai les pourparlers directs dans le cadre de l’accord de Pretoria, signé le 2 novembre 2022.
La guerre qui a opposé le gouvernement fédéral éthiopien au TPLF entre 2020 et 2022 s’était achevée par la signature de cet accord de paix. Les violences de l’époque ont coûté la vie à près de 600 000 personnes, selon les estimations de l’UA, ce qui en fait l’un des conflits les plus meurtriers de ce siècle, poussant la région au bord de la famine.