Nucléaire iranien : quid de l’arsenal israélien ?
© Oded Balilty Source: APAlors que le programme nucléaire iranien fait l’objet depuis plus de vingt ans d’une surveillance internationale étroite, l’arsenal nucléaire présumé d’Israël continue d’échapper à toute véritable pression pour davantage de transparence. Ce contraste alimente les accusations de double standard dans l’application du régime de non-prolifération.
Le débat autour des programmes nucléaires israélien et iranien revient avec force sur la scène internationale, nourri par les tensions persistantes entre les deux puissances régionales et par les récentes confrontations militaires. De nombreux observateurs et défenseurs de la non-prolifération dénoncent un traitement différencié entre les deux pays, l’un soumis à un contrôle permanent, l’autre bénéficiant d’une politique d’ambiguïté largement tolérée.
Israël est en effet considéré comme le seul État du Moyen-Orient disposant de l’arme nucléaire, bien qu’il n’ait jamais officiellement confirmé ni infirmé cette capacité. Cette situation relève de ce que les spécialistes qualifient de « secret de Polichinelle ». Selon plusieurs estimations, l’État hébreu posséderait entre 80 et 200 ogives nucléaires.
Les origines de ce programme remonteraient aux années 1950, sous l’impulsion du Premier ministre de l'époque, David Ben Gourion, avec notamment une assistance étrangère, en particulier française. Le site nucléaire de Dimona, situé dans le désert du Néguev, est depuis longtemps soupçonné d’être au cœur de la production de plutonium à usage militaire.
Cette politique de secret a été fragilisée en 1986 lorsque Mordechai Vanunu, ancien technicien du site de Dimona, a révélé à la presse britannique des informations et des photographies sur les installations. Il sera ensuite enlevé par des agents israéliens, jugé à huis clos et emprisonné durant 18 ans.
Assistance américaine aux ambitions nucléaires de l’Iran du Shah
À la différence de l’Iran, Israël n’a jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), entré en vigueur en 1970. En restant en dehors de ce cadre, il n’est pas soumis aux inspections régulières de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), contrairement aux États signataires.
L’Iran, pour sa part, demeure membre du TNP et affirme de longue date que son programme nucléaire poursuit exclusivement des objectifs civils, notamment la production d’énergie et les usages médicaux. Son programme, initié dans les années 1950 avec le soutien des États-Unis sous le règne du Shah, a continué à être développé après la révolution islamique de 1979.
Depuis plusieurs décennies, Téhéran fait l’objet d’un suivi étroit de l’AIEA. Cette surveillance s’est encore renforcée avec l’accord sur le nucléaire conclu en 2015, le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), signé avec les grandes puissances, dont les États-Unis.
Cet accord imposait à l’Iran un plafonnement de l’enrichissement de l’uranium à 3,67 %, une réduction du nombre de centrifugeuses ainsi qu’un accès renforcé des inspecteurs internationaux à ses installations nucléaires. Selon l’AIEA, Téhéran avait respecté ses engagements jusqu’au retrait unilatéral des États-Unis en 2018 sous la présidence de Donald Trump.
Des accusations israélo-américaines sans preuves
Depuis, les autorités américaines et israéliennes affirment régulièrement que l’Iran se rapproche de la capacité de fabriquer une arme nucléaire. Toutefois, les éléments de preuve avancés restent contestés. Les services de renseignement américains ont eux-mêmes estimé à plusieurs reprises que Téhéran ne développait pas activement une arme nucléaire.
C’est précisément cette asymétrie de traitement qui nourrit les critiques. Pour plusieurs analystes, la différence entre les cas israélien et iranien ne relève pas uniquement du droit international, mais surtout des rapports de force géopolitiques.
Israël, allié stratégique des puissances occidentales au Moyen-Orient, bénéficie d’une forme de protection diplomatique, tandis que l’Iran, perçu comme un adversaire, subit une pression maximale.
Deux poids, deux mesures
Au-delà de la seule question des capacités nucléaires, les critiques soulignent également l’opacité persistante entourant la doctrine israélienne, notamment en ce qui concerne les seuils éventuels d’utilisation de l’arme atomique.
Pour nombre d’observateurs, tant que les intérêts stratégiques primeront sur une application uniforme du droit international, cette politique de deux poids, deux mesures continuera d’alimenter les tensions et de fragiliser la crédibilité du régime mondial de non-prolifération.