Le ministère français des Affaires étrangères tente sur le réseau X de défendre les sanctions, les présentant comme un instrument non seulement utile, mais quasiment « pacifique ». Pour Karine Bechet, la propagande européenne cache difficilement une réalité bien différente et douloureuse pour les Européens.
Dans une publication sur le réseau social X, le ministère français des Affaires étrangères nous sert une œuvre de basse propagande, qui certes n’entrera pas dans l’histoire car elles deviennent trop nombreuses pour cela, mais qui mérite d’attirer notre attention, au minimum parce qu’elle concerne la vie des Français au quotidien.
Ainsi, le Gouvernement français veut nous faire croire que non seulement les sanctions adoptées au niveau européen et, évidemment appliquées et soutenues par le Gouvernement français, sont efficaces contre la Russie, mais qu’en plus elles n’impactent pas la vie des gens en France (ni en Russie d’ailleurs) et enfin, cerise sur le gâteau, qu’elles ne constituent pas un acte hostile contre la Russie, ce qui dans la fantasmagorie de ces élites leur permet d’affirmer que l’Europe reste « neutre ».
Ces affirmations étant plus absurdes – et dangereuses – les unes que les autres, reprenons-les en détail.
Selon la première d’entre elles, « les sanctions font plus de mal à la Russie qu’à l’Europe ». Bref, le ministère reconnaît que ces sanctions font du mal à l’Europe, mais cela devrait être justifié par le fait qu’elles affectent encore plus la Russie.
Autrement dit, la Russie est leur ennemi et cela mérite bien des sacrifices – de notre part, nous simples citoyens.
Pourtant, même si l’on oublie les sanctions commerciales, qui conduisent au départ à la perte du marché russe pour les entreprises françaises, comme Renault et ce n’est pas la seule, les sanctions énergétiques n’impactent pas tant la Russie que l’Europe.
L’idée européenne de sanctionner ce domaine se base sur des données dépassées, surtout que la Russie s’est avec le temps adaptée à la nouvelle réalité. Elle n’exporte quasiment plus directement vers l’Europe, qui pour autant rachète du gaz russe, une fois qu’il a été « dérussifié » par un transit. L’hypocrisie se porte à merveille.
Cette hypocrisie est d’autant plus visible, lorsque l’on sait qu’à l’automne dernier, selon l’agence d’analyse Marine trafic un gros achat de GNL russe a été effectué par cinq pays européens, dont la France : « En octobre 2025, les cinq principaux importateurs de combustibles fossiles russes de l'UE ont versé à la Russie un total de 938 millions d'euros pour ces combustibles. Les deux tiers de ces importations étaient constitués de gaz naturel non soumis aux sanctions de l'UE, acheminé principalement par gazoduc ou sous forme de gaz naturel liquéfié. »
L’efficacité supposée des sanctions européennes sur la Russie, car elles sont censées priver le pays de ressources et ainsi limiter ses capacités dans le cadre de la guerre atlantiste sur le front ukrainien, ne tient pas compte du fait que la Russie a diversifié ses exportations d’énergie et les dirige vers la Chine et l’Inde, la baisse du prix ayant été compensée par une augmentation du volume.
Par ailleurs, seconde erreur stratégique des Atlantistes, le budget russe n’est plus dépendant de la vente d’hydrocarbures. S’il y a encore quelques années de cela, ces ventes constituaient la moitié des ressources budgétaires, le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, a déclaré que désormais elles n’en constituent que 20%.
Comme l’affirme le ministre : « Nous nous concentrons de moins en moins sur les hydrocarbures et les revenus pétroliers et gaziers. Selon nos estimations, la part des revenus pétroliers et gaziers cette année sera inférieure à 20 %. C'est normal, car notre priorité est l'économie. ».
Autrement dit, les sanctions ont eu un effet structurel important sur la Russie, elles ont permis de sortir de la dépendance aux hydrocarbures et de développer la production nationale, ainsi que l’agriculture.
C’est une belle réussite de l’Union européenne et les Russes les en remercient grandement !
En revanche, les Européens et les Français beaucoup moins, lorsque l’on regarde l’augmentation des factures de gaz et d’électricité pour les particuliers ainsi que les fermetures d’entreprises. Et justement, alors que le Gouvernement sort sa dernière tranche de propagande, une énième augmentation de plus de 5% de la facture de gaz est prévue pour les ménages français au 1er mars. Après un gel des tarfifs en 2022 et 2023, les prix grimpent : les sanctions anti-russes sont particulièrement efficaces, en effet.
Il en est de même pour l’électricité. Pour les entreprises, les factures explosent depuis 2022. On a noté une augmentation de 27,1% en 2022, Alors qu’elle devait augmenter de 84% en 2023 selon l’INSEE, le Gouvernement a mis en place un « bouclier », c’est-à-dire a bloqué les prix. Ce qui ne reste pas non plus sans impact sur le budget.
Selon les données de l’INSEE, le prix de l’électricité vendu aux entreprises est passé de 121,63 en 2014, l’année où les sanctions ont commencé à être adoptées en masse contre la Russie, à 235,67 en 2024. Le coût de production des entreprises a donc largement été augmenté.
Mais le ministère français des Affaires étrangères pense que la guerre atlantiste en Ukraine vaut bien des sacrifices ...
Selon la propagande française, les sanctions ne touchent pas la population civile russe. Si les sanctions individuelles ne concernent pas, en général, la population, en revanche le but des sanctions commerciales et énergétiques est bien de provoquer une crise économique et sociale, afin de rompre la confiance entre le peuple et les dirigeants. Et ce but ne concerne pas que la Russie, la même logique est appliquée par les Atlantistes contre tous les pays, qui ne sont pas dirigés par « les bonnes élites », c’est-à-dire des élites dociles et alignées.
Si les sanctions in fine ont peu d’impact au quotidien, ce n’est pas parce que les instances européennes ne le veulent pas, mais parce qu’elles ne le peuvent pas en raison de l’adaptation réussie de l’économie russe à la situation.
Et avec tout cela, la France affirme que l’UE reste « neutre » dans le conflit en Ukraine, tout en soutenant ... l’Ukraine. Selon le ministère, les sanctions doivent faire pression sur la Russie pour la conduire « à négocier ». Traduire – « à capituler ».
Dans la mesure, où vous utilisez des instruments de pression contre un pays, dans un conflit où vous fournissez une armée contre ce pays, il ne peut plus être question de neutralité, ni de recherche d’une véritable négociation.
L’UE est partie au conflit en Ukraine contre la Russie et, avec elle, tous les pays européens. Mais bien évidemment, c’est aux populations de ces pays européens de payer la facture d’une guerre qui ne les concerne pas.
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