Iran : Trump peut (tout) perdre 

Iran : Trump peut (tout) perdre  Source: Gettyimages.ru
Manifestation à Téhéran au lendemain de l'assassinat de l'ayatollah Ali Khamenei [photo d'illustration]
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L’agression américano-israélienne sur l’Iran prend la tournure prévue. Si la réaction iranienne reste aussi efficace que ces premiers jours, alors le pari de Trump sera perdu, et potentiellement le reste de son mandat avec. Une analyse d’Alexandre Regnaud. 

Le constat principal est que si l’Iran semble avoir beaucoup appris de la précédente guerre dites « des 12 jours », ce n’est absolument pas le cas des Américano-israéliens. 

Leur stratégie est toujours la même, cibler des individus précis, ici des hauts responsables civils et militaires, en espérant que cela fera s’écrouler le système. Cela n’avait déjà pas fonctionné en juin 2025, mais avait occasionné un flottement visible au début de l’opération, qui avait profité aux Occidentaux. Ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui, et ce malgré un évènement majeur comme l’assassinat du guide suprême Khamenei

L’effet est même strictement inverse. Les rassemblements de soutien ont été extrêmement massifs et nombreux. Les images de foule à Téhéran, en plein bombardement, parlent d’elles-mêmes. Cet énième crime occidental a démonstrativement soudé la population iranienne autour du régime. 

D’autant plus que cette fois, tout avait été anticipé. L’ayatollah a déjà été remplacé par un Conseil de transition, et son probable successeur, Alireza Arafi, est strictement sur la même ligne politique. Certaines mauvaises langues affirment même que les Occidentaux ont rendu un bon service, en faisant un martyr d’un dirigeant vieillissant dont beaucoup attendaient déjà la succession. 

Dans la même lignée, les pertes parmi les dirigeants politiques et militaires dans les premières heures (ministre de la Défense, chef d’état-major, etc.), n’ont pas affecté la réponse militaire de l’Iran, qui a été immédiate et massive. 

C’est aussi une différence notoire avec les « 12 jours ». On avait alors observé, après un premier flottement, une réponse qui s’était d’abord heurtée à la défense aérienne du « dôme de fer » israélien, avant de l’épuiser petit à petit et de finir par passer, occasionnant des dégâts qui avaient amené (quoi qu’il en dise) l’État hébreux à arranger la fin du conflit. 

Cette fois, dès le premier jour, le sol israélien a été atteint, et des victimes sont déjà dénombrées. Et la suite est prévisible. C’est l’agence Bloomberg qui le résume le mieux. Il faut deux à trois missiles de défense aérienne (DCA) pour intercepter une seule cible (missile ou drone) ennemie, or les stocks sont déjà bas à cause de la guerre des 12 jours et… des fournitures à l’Ukraine, car les États-Unis ne produisent que 96 missiles THAAD et 650 missiles Patriot par an. Une puissance industrielle clairement pas à la hauteur de leurs prétentions. 

Ainsi, lors des attaques simultanées sur plusieurs bases américaines de la région, plusieurs « trous » ont déjà été mis en évidence dans la défense aérienne, les colonnes de fumées noires des incendies et la destruction de matériel radar de pointe sur les bases en question en sont la preuve. Le Hezbollah, pourtant très affaibli, a aussi repris les attaques depuis le Liban, accélérant l’utilisation, et donc l’épuisement de la DCA. 

On attend donc la réaction des sociétés civiles américaines, mais surtout israélienne, quand les « boucliers » ressembleront rapidement à du gruyère et que les drones et missiles pleuvront massivement sur leurs villes. 

D’autant plus que les Américains ont déjà essuyé des pertes. Pour ce qui est strictement vérifiable, trois chasseurs ont été abattu au-dessus du Koweït. Et l’état-major américain reconnait officiellement lundi 2 mars à midi 4 morts parmi son personnel. Les Iraniens, moins fiables, revendiquent eux 560 soldats américains tués. Ils affirment aussi avoir touché le porte avion Abraham Lincoln de 4 missiles, ce qui n’est pas vérifié. 

Bien entendu, les Iraniens ont également subi des pertes, les Américains revendiquent 9 navires détruits par exemple. Mais, point essentiel, cela ne change pas la situation dans le détroit d’Ormuz. 

Comme attendu, celui-ci est fermé. Enfin pas tout à fait. Après quelques péripéties, comme un pétrolier de leur propre flotte coulé, et pour ne pas embarrasser leurs alliés chinois pour qui l’axe est vital (jusqu’à 40 % de leur pétrole emprunte ce chemin), le détroit n’est pas formellement fermé. Mais, comme le constate le Financial Times, ce sont les compagnies d’assurance occidentales elles-mêmes qui annulent les polices de risque de guerre ou augmentent les tarifs. De facto, un refus d’assurance, c’est la fermeture du passage, même s’il reste formellement ouvert (notamment aux Chinois donc). 

Les conséquences sont immédiates. Maersk et MSC, les deux plus grosses compagnies mondiales de fret maritime, suspendent le trafic vers le Moyen-Orient « jusqu’à nouvel ordre » et la société émiratie DP World suspend le fonctionnement du port de Jebel Ali, un des plus grand du monde et principal port du Moyen-Orient. 

Résultat, les Émirats suspendent les échanges sur les bourses de Dubaï et d’Abou Dhabi, la bourse de Paris chute de 2,36 % à l’ouverture ce lundi 2 mars, et celle de Francfort de 2,29 %. Le prix du pétrole augmente déjà en moyenne de 7 % et le prix du gaz européen explose de 22 %. 

Les marchés avaient pourtant été annoncés comme capables d’anticiper la crise et de tenir une semaine grâce aux stocks, il n’en a rien été, et la panique a déjà commencé. La réponse rapide, structurée, et efficace de l’Iran malgré l’assassinat de son guide suprême y est sans doute pour beaucoup. Et il reste un potentiel de désordre supplémentaire en frappant les installations pétrolières agissants pour des intérêts américains dans le Golfe. Une première plateforme près d’Abou Dhabi a été touchée, sans doute en guise d’avertissement. Sans compter les Houthis, pas encore actifs en Mer rouge. 

Trump annonce un conflit qui doit durer 4 semaines au moins, on ne voit pas comment il va tenir aussi longtemps à ce rythme-là.  

Car il est quasi certain que Trump s’est tiré une balle dans le pied avec l’aventure militaire de trop, et que les élections des « mid-terms » en novembre vont être très difficiles. Les bruits de couloir de Washington le voient même perdre le Sénat en plus du Congrès. C’est alors l’impeachment assuré, et la fin de son mandat. 

Le fait est que l’agression contre l’Iran est extrêmement impopulaire au États-Unis. Un sondage Reuters/Ipsos montre que seulement 27 % de la population le soutient. Logiquement les démocrates sont les plus mécontents, mais dans son propre camp le torchon brûle. Une partie du camp MAGA ne lui pardonne pas cette nouvelle soumission aux intérêts Israéliens. Sur les réseaux sociaux MAGA, on voit se multiplier les mèmes détournant le « America first » en « Israel First » et le nom de l’opération, « Epic fury », en « Epstein fury », sur fond de drapeaux israéliens en lieu et place de la bannière étoilée derrière le pupitre de Trump. Un résumé de l’accumulation de toutes les trahisons de ses promesses de campagne. 

On gage que l’explosion des prix du pétrole, et donc de l’essence, sujet extrêmement sensible aux États-Unis, ainsi que les premières pertes humaines et matérielles, dans un pays traumatisé par 20 ans de guerre en Irak et en Afghanistan, vont considérablement agiter l’opinion publique américaine. 

Les clowns européens essaient certes de s’embarquer dans le Titanic en faisant des déclarations d’intention de « participation à la défense » des pays du Golfe, mais au vu de leurs capacités, on doute que cela apporte grand-chose si l’Iran continue de tenir comme il le fait maintenant et à développer la même stratégie. Le porte avion Charles De Gaulle est annoncé en route pour la zone, il devrait arriver d’ici une quinzaine de jours, fidèle à la tradition marconienne de faire du vent, sans doute quand tout sera déjà fini. 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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