TotalEnergies au cœur de la tempête politique autour de ses superprofits

TotalEnergies au cœur de la tempête politique autour de ses superprofits© Getty Images
Station-service à Paris, le 2 avril 2026. [Photo d’illustration]
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Avec des bénéfices trimestriels en hausse de 51 % à 5,8 milliards de dollars, dopés par la guerre au Moyen-Orient, le géant pétrolier français se retrouve au centre des débats sur la taxation des «superprofits». Le gouvernement défend l’entreprise tout en appelant à une redistribution.

L’annonce des résultats exceptionnels de TotalEnergies, le 29 avril, a immédiatement relancé les critiques sur les profits réalisés dans le sillage du conflit au Moyen-Orient. Le groupe dirigé par Patrick Pouyanné a vu son résultat net ajusté bondir de 51 % sur un an, porté par la flambée des cours du pétrole et des opérations de trading judicieuses.

Au Sénat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a fermement rejeté le « Total bashing ». « C’est une entreprise française qui emploie des Français » et qui représente « une part des intérêts stratégiques du pays », a-t-il déclaré. « Donc, ne nous tirons pas une balle dans le pied. »

Il n’a toutefois pas fermé la porte à une éventuelle taxation, lui qui a pour l’heure privilégié les aides ciblées, tout en préférant une redistribution volontaire des profits exceptionnels aux clients français, citant notamment le plafonnement temporaire des prix à la pompe.

Du côté de l’opposition, les voix se multiplient pour réclamer une contribution des « profiteurs de guerre ». Les écologistes et les socialistes ont déposé ou annoncé des propositions de loi visant une « contribution exceptionnelle de solidarité » ou une surtaxe sur les bénéfices des groupes pétro-gaziers. « Il y a une forme d’indécence » à « gagner de l’argent parce que la guerre existe », a dénoncé Olivier Faure, premier secrétaire du PS, qui souhaite taxer ces surprofits pour redistribuer aux « grands rouleurs ».

Marine Le Pen a jugé qu’une « taxation exceptionnelle » des surprofits serait « normale » en période de crise internationale, tandis que Jordan Bardella a tempéré : « Je ne crois pas que la priorité, dans un pays qui a 46 % de prélèvements obligatoires, soit encore une fois d’inventer des taxes ». Il préfère que TotalEnergies poursuive son blocage des prix à la pompe pour soulager immédiatement le pouvoir d’achat des Français.

La La France insoumise va plus loin, avec une proposition de nationalisation des installations pétrolières pour « soustraire un secteur stratégique aux logiques spéculatives ». Aurélie Trouvé, députée LFI, dénonce un groupe qui « profite de la guerre pour faire exploser ses bénéfices ».

Même dans le monde économique, les tensions apparaissent. Michel-Édouard Leclerc a chargé TotalEnergies sur BFM Business, estimant que le groupe devait faire des « efforts » face à ses « méga profits ».

Ces débats interviennent alors que les majors pétrolières mondiales affichent des résultats solides et que Goldman Sachs relève ses prévisions sur le baril de Brent, autour de 90 dollars au quatrième trimestre 2026. Cinq pays européens (Allemagne, Autriche, Espagne, Italie, Portugal) ont d’ailleurs appelé Bruxelles à un prélèvement sur les groupes énergétiques.

Le gouvernement, tout en refusant une remise en cause de sa ligne de non-intervention, se retrouve dans un entre-deux délicat : il encourage la redistribution volontaire de TotalEnergies sans pour l’instant légiférer, tout en menaçant d’encadrer les marges des distributeurs. Une position qui pourrait s’avérer difficile à tenir si la crise géopolitique et la hausse des prix des carburants se prolongent, pesant sur le budget des ménages et la consommation.

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