Incendies : derrière le ras-le-bol des pompiers, un modèle français à bout de souffle

Incendies : derrière le ras-le-bol des pompiers, un modèle français à bout de souffle© Albert Llop/NurPhoto Source: Gettyimages.ru
Des pompiers combattent un incendie de forêt près de Trevillach, dans les Pyrénées-Orientales, les 6 et 7 juillet 2026. [Photo d’illustration]
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Face à la multiplication des feux et à l’intensification des interventions, la colère monte chez les sapeurs-pompiers français. Les volontaires, qui représentent 80 % des effectifs, dénoncent le manque de reconnaissance, la faiblesse des moyens et un système de sécurité civile reposant toujours davantage sur leur disponibilité.

Les incendies se multiplient et les pompiers français sont, une nouvelle fois, en première ligne. Les feux ont même perturbé le déroulement du Tour de France. Mais derrière les images spectaculaires des Canadair et des colonnes de fumée apparaît une réalité moins visible : celle d’un système reposant très largement sur des volontaires de plus en plus sollicités et toujours moins nombreux à vouloir prolonger leur engagement.

« Avant, nous étions des soldats du feu, puis des soldats de la vie ; maintenant, on nous demande d’être des soldats du climat », résumait David Macri, porte-parole des pompiers de France, le 8 juillet, sur le plateau de Bienvenue en Île-de-France.

Avec des températures supérieures à 30 °C, des vents dépassant 30 km/h et une humidité inférieure à 30 %, la fameuse « règle des trois 30 » réunit les conditions favorisant la propagation rapide du moindre départ de feu. Des régions jusqu’ici relativement épargnées, comme l’Île-de-France, sont désormais concernées. Lors des épisodes les plus intenses, la France doit également faire appel à la coopération européenne et à des avions étrangers.

Le danger reste aussi directement lié aux comportements humains. Mégots jetés depuis une voiture, travaux ou activités pratiqués au mauvais moment : neuf incendies sur dix seraient provoqués par des imprudences. « On est sur de la paille, des allumettes, n’importe quelle activité anodine peut déclarer un incendie », avertit Éric Flores, vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

Les volontaires, piliers fragiles de la sécurité civile

Cette pression repose largement sur les pompiers volontaires, qui constituent 80 % des effectifs. À chaque feu majeur, ils quittent leur travail et leur famille sans toujours savoir quand ils pourront rentrer. Sans eux, nombre de casernes seraient tout simplement incapables de fonctionner.

Or, la fidélité de ces volontaires s’érode. Selon les données citées par Le Figaro, environ 10 000 personnes rejoignent chaque année les casernes, mais autant les quittent. L’objectif de recruter 50 000 volontaires supplémentaires, initialement envisagé pour 2030, aurait finalement été repoussé à 2050. Dans le même temps, le nombre annuel d’interventions aurait augmenté de 1,7 million en vingt-cinq ans.

Les indemnités demeurent faibles : une garde à domicile peut rapporter autour d’un euro de l’heure et certaines gardes ne sont pas indemnisées. Les volontaires doivent pourtant suivre des formations toujours plus nombreuses et assurer, dans les faits, des missions proches de celles des professionnels, sans bénéficier du même statut ni des mêmes compensations.

Des « machines » privées de moyens suffisants

Le manque de reconnaissance n’est pas seulement financier. Des volontaires interrogés par Le Figaro décrivent des véhicules vieillissants, des relèves impossibles faute d’effectifs et une hiérarchie exigeant parfois une disponibilité comparable à celle des professionnels. Dans l’Aude, l’un d’eux raconte avoir combattu les flammes avec des camions aux joints défectueux : « Ça revenait à partir au feu en caleçon. »

Après les grands incendies, les félicitations se multiplient. Les moyens, eux, tardent davantage. Un plan pour le volontariat couvrant la période 2026-2028 doit notamment favoriser les conventions avec les entreprises, afin de libérer les pompiers sans les contraindre à poser des congés. Mais ces mesures restent insuffisantes face à l’usure du système.

Le décès, le 8 juillet, en Savoie, du caporal volontaire Baptiste Gerfaud-Valentin, âgé de 22 ans, rappelle enfin le prix humain de cet engagement.

Alors que les sollicitations augmentent de 30 à 40 % pendant les épisodes caniculaires, les pompiers continuent de répondre présents. Mais derrière les appels à la solidarité et les hommages officiels, leur ras-le-bol devient difficile à ignorer.

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