«Il est temps de grandir» : quand l’ambassadeur américain à l’OTAN compare les pays européens à des enfants

«Il est temps de grandir» : quand l’ambassadeur américain à l’OTAN compare les pays européens à des enfants Source: AP
L’ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, lors d’une table ronde à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN dans l’Ohio, le 23 mai 2025. [Photo d’illustration]
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À quelques jours de la Conférence sur la sécurité de Munich, l’ambassadeur américain à l’OTAN, Matthew Whitaker, a comparé les pays européens à des enfants trop dépendants des États-Unis. Il appelle les alliés à assumer davantage leurs responsabilités militaires, dans un climat de défiance croissante autour du rôle américain au sein de l’Alliance.

Le 9 février à Berlin, en amont de la Conférence sur la sécurité de Munich, l’ambassadeur américain à l’OTAN, Matthew Whitaker, a tenu des propos polémiques mais révélateurs sur la manière dont Washington perçoit ses partenaires. Comparant les alliés européens à une famille, il a déclaré : « Quand vos enfants sont petits, ils dépendent de vous, mais à un moment, vous attendez d’eux qu’ils trouvent un emploi. C’est là où nous en sommes. Ils restent nos alliés, mais nous voulons qu’ils grandissent. »

Cette comparaison, inédite dans le langage diplomatique, montre surtout la position des États-Unis envers leurs partenaires européens. L’attente exprimée ne vise pas une coopération équilibrée, mais plutôt une participation plus active de l’Europe aux priorités décidées à Washington. Le rôle des Européens semble redéfini : contribuer davantage, mais dans un cadre stratégique toujours contrôlé par les États-Unis.

En parallèle, les critiques américaines deviennent plus directes. Washington reproche aux Européens de parler beaucoup sans passer à l’action. Derrière le langage diplomatique, la pression politique est de plus en plus visible.

Une autonomie toujours encadrée

Lors du sommet de l’OTAN de juin 2025 à La Haye, les pays membres ont promis de porter leurs dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035. Mais cet objectif reste loin d’être atteint, et Washington réclame des résultats concrets.

Dans ce contexte, certains commandements ont été transférés à l’Italie, au Royaume-Uni, à l’Allemagne ou à la Pologne. Pourtant, les fonctions clés — terrestres, aériennes et navales — restent entre les mains des États-Unis. L’équilibre affiché ne change pas la structure réelle de l’Alliance.

Cette réorganisation permet aux États-Unis de réduire leur présence visible sans perdre le contrôle. Les Européens prennent plus de responsabilités, mais les grandes décisions continuent de se prendre à Washington. L’idée de « renforcer l’Europe » reste encadrée de près.

Dans ce climat, le soutien à l’Ukraine s’inscrit dans la même logique : plusieurs pays européens achètent des armes américaines pour les livrer à Kiev. Les États-Unis fabriquent, les Européens paient, et les livraisons se poursuivent « aussi longtemps que nécessaire jusqu’à la signature d’un accord de paix ».

Une relation transatlantique sous tension

Les déclarations de Matthew Whitaker s’inscrivent dans un climat plus large de tensions entre Washington et l’Union européenne. Depuis plusieurs mois, les différends se multiplient : tarifs douaniers, pressions énergétiques, menaces économiques, sans oublier l’épisode du Groenland, que Donald Trump avait publiquement proposé d’annexer.

La défiance ne vient plus seulement des dirigeants. Dans plusieurs pays européens, une majorité de citoyens estime que l’Europe dépend trop des États-Unis sur les plans militaire, économique et stratégique. Beaucoup appellent à plus d’autonomie, voire à un changement d’orientation.

Emmanuel Macron lui-même a reconnu que l’Europe avait « remplacé la dépendance énergétique à la Russie par une dépendance aux États-Unis ». Il dénonce des « intimidations » américaines dans plusieurs secteurs clés, et accuse Washington de chercher à affaiblir l’Union européenne.

Malgré les discours sur la souveraineté, les déséquilibres restent profonds. Défense commune, politique énergétique, autonomie stratégique : les ambitions européennes se heurtent à leurs propres divisions. L’Europe reste dépendante, et rarement en position de force face à son allié américain.

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