Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Le ministère de la Vérité arrive en France : la chasse aux Français libres est ouverte

Le ministère de la Vérité arrive en France : la chasse aux Français libres est ouverte Source: Gettyimages.ru
L'affiche électorale d'Emmanuel Macron lors de l'élection présidentielle de 2022 [photo d'illustration]
Suivez RT en français surTelegram

Le 22 juillet, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a déposé un projet de loi devant soi-disant protéger la sincérité du scrutin contre les ingérences étrangères. Pour Karine Bechet, ces mesures, qui remettent en cause la liberté d’expression, dépassent le cadre électoral et relèvent d’une véritable logique de contrôle total de la société.

Comme l’a déclaré le Premier ministre, Sébastien Lecornu, en répondant à un sénateur : « La période électorale a quelque chose de sacré dans une démocratie ; elle mérite une protection particulière. »

L’élection est la pierre angulaire de tout système démocratique, car elle permet au peuple, détenteur de la souveraineté, de choisir ses représentants afin qu’ils gouvernent en son nom et dans son intérêt. Dans ce cas, et uniquement dans ce cas, c’est-à-dire quand le pays est gouverné dans l’intérêt de la majorité, les institutions étatiques sont légitimes.

Or, depuis des années, le principe a été inversé : nous sommes gouvernés par une minorité contre la majorité, au service d’intérêts extérieurs.

Les mécanismes électoraux, sans être parfaits, prévus pour faire émerger la volonté de la majorité, deviennent dès lors problématiques pour ces élites globalistes qui occupent nos pays. Elles ne peuvent ouvertement les remettre en cause sans perdre toute légitimité dans un système démocratique ; elles ne peuvent remettre en cause le système démocratique sans devoir assumer leur caractère totalitaire. Et l’abstentionnisme, gagné à force de discréditer les élections, ne suffit plus à les maintenir au pouvoir avec assurance.

Il faut donc manipuler les esprits et limiter la liberté d’expression, puisque toute critique risquerait de leur faire perdre les élections, chaque candidat rivalisant avec l’autre par son impopularité réelle. Un peuple, une élite, une voix. Et surtout, aucune réflexion.

Le gouvernement s’y emploie. Ses prédécesseurs avaient déjà voulu « protéger » les élections en prévoyant des amendes en cas de diffusion de « fausses nouvelles », dont la définition est particulièrement subjective, car fondamentalement politique. Mais le texte n’avait pu aller assez loin.

Désormais, la France est en guerre, certes contre la Russie, mais surtout contre les Français. Ceux-ci doivent garder la tête basse, être écrasés par les factures et les dettes, vivre dans une précarité chronique et, si jamais ils trouvent le temps et le courage de regarder autre chose que la doxa officielle, il faut avoir les moyens de frapper fort.

Ainsi, le projet de loi prévoit plusieurs types de mesures. Tout d’abord, il renforce l’amende, jugée insuffisante, encourue en cas « d’atteinte à la sincérité du scrutin » par la diffusion de ce qui sera considéré comme de fausses informations. La peine, actuellement fixée à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, passerait à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

C’est ce que vous encourrez si jamais vous décidez, seul, de résister à la propagande ambiante. Pour autant, cela ne saurait être qualifié d’ingérence : il s’agit uniquement de l’expression publique d’un point de vue ; ce qui est le propre des systèmes démocratiques. D’où cette question : si cette mesure concerne bien la période électorale, quel rapport entretient-elle avec un texte de loi censé lutter contre les « ingérences » ?

À première vue, aucun. Sauf… sauf si ces élites considèrent comme des « corps étrangers » tous les ressortissants qui ne pensent pas comme elles et refusent de les soutenir. Chaque Français devient alors un ennemi potentiel. Il faut le faire taire. Et le menacer, avant de le sanctionner si la menace n’est pas suffisante.

Mais, comme l’explique Laurent Nuñez, le projet de loi prévoit « une peine plus importante, qui peut aller jusqu’à six ans, lorsque l’infraction d’altération du scrutin a été réalisée pour servir les intérêts d’une puissance, d’une entreprise ou d’une organisation étrangères ».

Qui est ici visé ? Certainement pas les cabinets américains comme McKinsey, qui, de toute manière, font la politique française depuis des années. Ni les Américains, qui sont à domicile et qui, dans l’esprit des élites locales globalistes, ne peuvent faire d’ingérence puisque ce sont les chefs. Soyons honnêtes : au stade où nous en sommes, ce n’est plus de l’ingérence, c’est de la gouvernance.

Reste la bonne vieille Russie. Comme nous le voyons dès à présent, toute personne qui ose remettre en cause le bien-fondé de l’implication grandissante de la France dans le conflit sur le front ukrainien est qualifiée d’agent russe. Toute personne qui critique les sanctions à l’origine de difficultés économiques est un agent russe. Toute personne qui ose souligner que le discours politico-médiatique russe est plus proche de la réalité que le discours occidental est un agent russe. Ce sera encore pire après l’adoption de ce projet de loi.

Pour autant, le combat contre la liberté d’expression ne peut se restreindre à la période électorale. La constitution de l’opinion publique est un travail constant, un effort de longue haleine qui ne peut souffrir aucune pause, au risque d’ouvrir la voie à un réveil des consciences collectives.

Relâcher la pression est trop dangereux. Ainsi, le projet de loi prévoit non seulement d’élargir à l’ensemble des élections le référé instauré en 2018, permettant la suppression des publications dérangeantes sur les réseaux sociaux sous prétexte de lutte contre les « fake news », mais il instaure surtout un référé permanent, indépendamment des périodes électorales, lorsque « des allégations ou imputations de fait manifestement inexactes ou trompeuses, diffusées de manière délibérée, massive et artificielle ou automatisée par le biais d’un service de communication au public en ligne, sont de nature à porter une atteinte grave et imminente à l’indépendance de la Nation, à l’intégrité de son territoire, à sa sécurité, à la forme républicaine de ses institutions, aux moyens de sa défense et de sa diplomatie, à la sauvegarde de sa population en France et à l’étranger ainsi qu’au fonctionnement régulier des institutions ».

Traduisons : toute remise en cause massive de la politique conduite par les élites globalistes en place en France pourra faire l’objet d’un recours en justice, soit par le procureur, soit par toute personne ayant intérêt à agir. Le prochain stade sera celui de la délation publique.

Nous ne sommes plus dans la guerre de l’information. Il ne s’agit plus seulement de contrôler ce qui est publié. Ces élites globalistes s’inscrivent dans une véritable logique de guerre mentale contre les peuples : elles veulent conditionner et contrôler leur façon de penser ; elles veulent les empêcher de penser afin de transformer les hommes de l’intérieur et de détruire la complexité humaine qui fait leur richesse — cette complexité même qui les rend si difficiles à gouverner.

C’est à ce prix qu’elles entendent conserver le pouvoir. Et elles nous sacrifieront sans le moindre remords.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

Le plus populaire

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix