Immigration : les Suisses votent sur une initiative visant à plafonner leur population
© Giovanni Mereghetti/UCG/Universal Images Group Source: Gettyimages.ruLe peuple suisse est appelé aux urnes pour se prononcer sur l'initiative de l'UDC «Pas de Suisse à 10 millions !», visant à limiter l'immigration en cas d’augmentation trop rapide de la population. Les détracteurs du texte brandissent la menace d’un isolement de la Suisse vis-à-vis de l’UE, comparant une éventuelle victoire du «oui» à un «Brexit».
Bruxelles n’apprécie pas les référendums, encore moins lorsqu’il s’agit de toucher à l’une de ses sacro-saintes pierres angulaires qu’est la libre circulation des individus. Ce 14 juin, les Suisses sont appelés à s’exprimer sur une initiative de l’Union démocratique du centre (UDC) qui vise à ce que la population de la Confédération ne dépasse pas la barre de 10 millions d’habitants d’ici 2050. Fin 2025, la Suisse en comptait 9,1 millions.
Le texte exige ainsi de Berne que des « mesures correctives » soient prises quand la population résidente permanente atteindra les 9,5 millions d’habitants. En l’occurrence des restrictions en matière d’asile, des limitations au regroupement familial ainsi qu’un durcissement des conditions d’entrée. Au-delà de dix millions, avant 2050, les autorités helvétiques seraient alors contraintes de renégocier voire dénoncer l’accord de libre circulation des personnes conclu avec l’Union européenne.
Le Comité d’initiative dénonce la pénurie de logements, le « bétonnage du paysage », les bouchons, l’engorgement des transports en commun et du système de santé ainsi que la « baisse de la qualité de l’enseignement ». À l’opposé, le Conseil fédéral et le Parlement mettent en garde contre un texte qui, s’il était approuvé par la population, pourrait menacer la « stabilité » de la Suisse, sa « prospérité », la « voie bilatérale avec l’UE » ou encore sa « tradition humanitaire ».
Un Brexit, version helvétique
« Le 14 juin, la Suisse fera face à son propre Brexit. En cas de oui, nous nous retrouverions isolés », a mis en garde le ministre de la Justice et Police, le socialiste et européiste Beat Jans, dans la Tribune de Genève. Une allusion à ladite « clause guillotine » qui relie entre eux les accords bilatéraux signés entre Berne et Bruxelles et qui prévoit que si l’un d’entre eux est dénoncé les autres seraient automatiquement abrogés six mois plus tard.
Une première crise avait éclaté en février 2014 lorsque les Suisses – qui ne sont pas membres de l’UE mais le sont néanmoins de l’espace Schengen – avaient voté en faveur de l’initiative « Contre l'immigration de masse ». Un vote populaire qui avait provoqué l’ire de la Commission européenne, laquelle avait banni les jeunes Suisses et leurs établissements du programme Erasmus. En réponse, Berne avait décidé de prendre à sa charge les bourses de ses étudiants partant étudier dans l’UE ainsi que celles des jeunes Européens venant dans ses universités, notamment en utilisant l’argent que la Suisse aurait dû verser à l’UE pour sa participation au programme.