Un message militaire crypté sur ordre de Napoléon déchiffré après plus de deux siècles grâce à l’IA
© persee.frLongtemps répertorié comme datant de 1807, un message militaire codé de l’époque napoléonienne a finalement été daté de mars 1809. Déchiffrée en six heures grâce à l’intelligence artificielle, cette lettre adressée au général français Auguste de Marmont était restée illisible pendant plus de deux siècles.
Un message militaire codé, composé d’une vingtaine de lignes de symboles, de chiffres et de lettres, vient de livrer ses secrets après plus de deux siècles. La lettre, adressée au général français Auguste de Marmont, détaille les positions des armées françaises et alliées en Europe. Si certaines références historiques la dataient de 1807, une nouvelle analyse a permis de la situer en mars 1809, à la veille de la reprise de la guerre entre la France napoléonienne et l’Autriche.
Contrairement à ce que peuvent laisser entendre certains titres, le document n’a pas été écrit directement par Napoléon Bonaparte. Il a été transmis par Eugène de Beauharnais, beau-fils de l’empereur et vice-roi d’Italie, sur instruction de Napoléon. Le 16 mars 1809, Napoléon lui avait demandé d’informer Marmont, alors à la tête des troupes stationnées en Dalmatie, de la disposition des forces françaises et alliées. La communication devait être chiffrée et confiée à un officier jugé fiable.
Le message a été reproduit dans une revue militaire française en 1969, mais sa clé de chiffrement n’avait pas été retrouvée. Il est ainsi resté sans décryptage complet pendant 217 ans. Son déchiffrement supposait notamment de reconstituer un système complexe de substitution, dans lequel plusieurs signes pouvaient représenter une même lettre. La faible résolution de la reproduction et l’absence de transcription complète avaient également compliqué son étude.
Selon les médias français, notamment Euronews, l’ingénieur américain Carter Church, spécialiste de l’intelligence artificielle (IA) au sein de l’entreprise de cybersécurité SentinelOne, a finalement résolu l’énigme avec le modèle GPT-6 Astra d’OpenAI. Le travail de décryptage effectué par le modèle a pris environ six heures.
L’intelligence artificielle accélère la cryptanalyse historique
Pour parvenir à ce résultat, l’IA a d’abord analysé l’image du document, identifié les signes répétés, puis recherché les correspondances permettant de reconstituer le texte en français. Le texte obtenu a ensuite été confronté à des documents historiques, notamment aux instructions données par Napoléon en mars 1809.
Le contenu déchiffré décrit les positions de plusieurs armées, dont les forces bavaroises, polonaises et saxonnes, ainsi que les mouvements militaires anticipés face à l’Autriche. Il confirme en grande partie des informations déjà présentes dans la correspondance connue de Napoléon, tout en permettant de reconstituer le contenu de cette lettre particulière.
Carter Church a également fait vérifier son travail par Satoshi Tomokiyo, un chercheur japonais qui tient un inventaire en ligne des codes historiques non résolus. Cette vérification a contribué à confirmer la solution et à corriger la datation précédemment attribuée au document.
Les méthodes traditionnelles de cryptanalyse permettent parfois de résoudre de telles énigmes, mais exigent souvent un investissement considérable en temps et en expertise. L’IA offre la possibilité de tester rapidement des hypothèses, de traiter des images complexes et de comparer les résultats avec de grandes quantités de données.
Des archives anciennes aux manuscrits fragiles
Le décryptage de cette lettre s’inscrit dans un mouvement plus large d’utilisation de l’IA pour l’étude du patrimoine historique. En Italie, des chercheurs analysent par rayons X les papyrus d’Herculanum, carbonisés lors de l’éruption du Vésuve en 79 après J.-C., afin d’en lire virtuellement le contenu sans risquer de détruire ces documents fragiles.
D’autres projets utilisent l’IA pour transcrire des millions de pages de manuscrits hébraïques ou des milliers de documents médiévaux conservés dans les archives de Notre-Dame de Paris. Ces outils permettent d’exploiter des corpus dont l’analyse manuelle aurait nécessité des décennies.
Si ces avancées ouvrent de nouvelles perspectives pour les historiens, elles suscitent aussi des interrogations chez les passionnés de cryptographie, pour qui la résolution d’une énigme repose traditionnellement sur de longues recherches personnelles. L’IA ne résout pas tous les codes, notamment lorsque les données disponibles sont insuffisantes, mais elle transforme déjà les méthodes d’étude des documents historiques.