Venezuela : les États-Unis, un État voyou qui accélère sa propre chute

Venezuela : les États-Unis, un État voyou qui accélère sa propre chute Source: Gettyimages.ru
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Que l’on soutienne ou non Maduro, les États-Unis, le 3 janvier, se sont comportés en véritable État voyou. Un nouveau cap franchi qui aura des conséquences géopolitiques profondes, d’après Alexandre Regnaud.

En attaquant un État souverain, le Venezuela, et surtout en kidnappant son dirigeant légitime et en exercice, Nicolás Maduro, et son épouse, Trump a franchi un seuil. Il vient de placer définitivement et ouvertement les États-Unis dans la catégorie des États voyous, ceux qu’il faut craindre car ils ne respectent rien, mais surtout, dont il faut se protéger.

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que les États-Unis agressent gratuitement un État souverain sans aucun mandat international. Rien que depuis la prise de fonction de Trump le 20 janvier 2025, c’est-à-dire en moins d’un an, le « président de la paix » (avec beaucoup de guillemets) en est à son sixième pays agressé : 1er février 2025 en Somalie, 15 mars 2025 au Yémen, 22 juin 2025 en Iran, 19 décembre 2025 en Syrie, 25 décembre 2025 au Nigeria, et pour finir le 3 janvier au Venezuela.

Ce n’est pas non plus la première fois que les États-Unis se débarrassent d’un dirigeant qui leur déplaît : on se souvient de Kadhafi ou de Saddam Hussein. Mais ils avaient été, soit lynchés par leur peuple, soit exécutés après une parodie de procès.

Même lors de la précédente tentative de Trump contre Maduro, en 2020, les États-Unis avaient utilisé un écran, via des mercenaires de la société militaire privée Silvercorp et des mercenaires colombiens. Ils devaient infiltrer Caracas avec le soutien d’agents de la CIA et de la cinquième colonne vénézuélienne, kidnapper Maduro et le sortir du pays. L’opération avait coûté 227 millions de dollars, qui devaient être payés après la prise de pouvoir par des fonds vénézuéliens. Ce fut un échec humiliant pour Trump et deux Américains avaient été capturés avec le reste des mercenaires.

Mais ici, l’enlèvement pur et simple, sur son propre sol, d’un dirigeant en exercice, directement par des forces spéciales américaines (Delta Force), en plus de frappes absolument illégales, notamment sur des centres de décision tels que le Parlement vénézuélien, franchit une étape supplémentaire dans le non-droit le plus absolu et place donc ouvertement les États-Unis parmi les voyous.

Car il faut bien entendu rappeler que tous les prétextes mis en avant par les États-Unis sont absolument bidon.

Le narcotrafic ? La drogue arrivant aux États-Unis en provenance directe du Venezuela ne représente qu’entre 5 % et 8 % du total du trafic de cocaïne sud-américain.

Un État terroriste ? Alors pourquoi ne pas organiser immédiatement une campagne de frappes contre Zelensky, lui-même réellement à la tête d’un État terroriste qui n’hésite pas à massacrer des familles innocentes dans la région de Kherson la nuit du Nouvel An et à frapper régulièrement des objectifs purement civils ? Pourquoi la CIA continue-t-elle alors de lui fournir l’aide pour organiser ces frappes ou les attaques de piraterie en mer contre la prétendue flotte fantôme russe ?

La vérité, c’est que Trump est vendu aux magnats du pétrole américains, avec des dons de la part de dirigeants ou d’entreprises du secteur pétrolier à sa campagne de 2024 estimés à au moins 75 millions de dollars, minimum. Et que depuis la nationalisation du secteur par Chavez en février 2007, ces entreprises veulent retrouver l’accès au magot du pétrole vénézuélien qu’elles ont en partie perdu. Trump ne s’en cache même plus et déclarait lors de sa conférence de presse du 3 janvier : « Une reconstruction du Venezuela nous attend, nous allons extraire beaucoup d’argent du sous-sol. »

Pour cela, le prix Nobel de la paix a été (une fois de plus) trafiqué pour échoir à « l’opposante » Maria Corina Machado, qui, d’après le New York Times, aurait fait la promesse concrète aux conseillers de Donald Trump que « si elle accédait au pouvoir, elle ouvrirait le secteur pétrolier aux investissements américains ». Le principal problème restant son impopularité sur place, ça ne sera peut-être finalement pas elle, mais l’idée est là.

Machado (ou une autre marionnette, pourquoi pas issue du régime) renverrait l’ascenseur à Trump, qui le renverrait à ses créanciers pétroliers américains. On observera de près, par exemple, la situation d’Amber Energy, société de Paul Singer, grand financeur de Trump. Tout ça pour ça.

Car il n’est pas certain que, pour une habituelle magouille d’or noir, Trump ait réellement calculé les conséquences à moyen et long terme, à l’échelle mondiale, de ce retour du colonialisme sur le continent américain.

Fait marquant, la dernière vidéo de Nicolás Maduro en public, à la veille du raid américain, était celle de sa rencontre avec l’envoyé spécial de Xi Jinping. Au menu, notamment, devaient être des négociations en vue d’un partenariat militaire, comme il en existe déjà un entre le Venezuela et la Russie.

Alors que Trump se vante et menace : « Ce qui est arrivé à Maduro peut arriver à n’importe qui », ce que cela nous montre, c’est que face à un État voyou comme les États-Unis, qui se croient tout permis jusqu’à la caricature, il y a fort à parier que de plus en plus d’États, et de chefs d’État — particulièrement ceux en délicatesse avec les États-Unis, ou pouvant l’être par le simple fait de refuser de se soumettre à l’empire américain ou de vouloir un monde multipolaire — vont logiquement chercher une protection.

Les institutions internationales, ONU en tête, montrant une fois de plus leur inutilité face aux voyous, cette protection, ils vont alors logiquement la trouver auprès des seules grandes puissances militaires et nucléaires indépendantes, la Russie et la Chine. Partenariats — et même alliances militaires — beaucoup plus dissuasives risquent alors de se multiplier.

Car Trump semble ne pas avoir mesuré que le monde avait changé, que la Russie avait prouvé à tous que l’on pouvait tenir tête — militairement, économiquement, culturellement et politiquement — aux États-Unis. Que le géant chinois en avait pris de la graine. Que beaucoup de pays, notamment africains, revigorés par cet exemple, commençaient doucement à oser se libérer du néocolonialisme occidental.

Les États-Unis, même s’ils sécurisent leur approvisionnement en pétrole via le Venezuela, doivent donc s’apprêter, derrière le vernis de leur apparente victoire contre Maduro, à perdre une manche géopolitique majeure et à voir leur influence encore davantage reculer au profit des tenants d’un monde multipolaire et du droit international.

En se comportant comme un voyou et un colonisateur au Venezuela, et surtout en menaçant ouvertement de recommencer ailleurs, Trump vient sans doute, paradoxalement, d’accélérer la chute inéluctable de l’empire américain et se retrouvera bientôt seul au monde, avec pour seuls « amis » Israël et les pantins européens.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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