Entre l'attaque contre le Venezuela, les menaces de frapper l'Iran ou de s'accaparer du Groenland, le monde est tétanisé par les déclarations de Trump. Cependant, en creusant un peu, on constate que la réalité pour les États-Unis est loin d'être idyllique, Trump faisant beaucoup de bruit pour rien, selon l’analyse d’Alexandre Regnaud.
Tout d’abord, la situation au Venezuela est beaucoup moins claire que ne le dit la fiction des déclarations triomphalistes de Trump.
Lui-même revendique l’installation d’un régime purement colonial. Un décret indique que les fonds issus de la vente du pétrole vénézuélien seront placés sur des comptes du Trésor américain, ils restent la « propriété souveraine du Venezuela » mais sont conservés aux États-Unis. Un mécanisme qui rappelle tristement l’héritage colonial du Franc CFA.
D’autant que Trump veut réserver cet argent à l’achat de produits « Made in USA » par le Venezuela. Là encore, du colonialisme chimiquement pur. Et au final une baisse prévisible du niveau de vie des Vénézuéliens, déjà modeste après plusieurs années de sanctions américaines.
La plupart des importations actuelles (déjà à 90% financées par le pétrole) venant de Chine, et les produits américains étant incomparablement plus chers, c’est logiquement un mécanisme de pénurie qui va se mettre en place, et donc de mécontentement et de rejet encore plus massif du colonisateur en chef.
Surtout que le gouvernement légitime du Venezuela donne un tout autre son de cloche. Delcy Rodriguez, présidente par intérim, déclare que « le Venezuela n'a pas cédé face à l'agression des États-Unis et reste ouvert à la coopération avec tous » alors que Trump réclame que le pays renonce à sa coopération avec la Chine, la Russie, Cuba et l'Iran.
Le seul pétrole dont il est pour l’instant question est donc le butin des actes de piraterie de la marine américaine par les saisies de pétroliers. Nous y reviendrons.
D’autant plus que les compagnies pétrolières américaines ne sont apparemment pas si chaudes que ça pour suivre Trump.
Le Financial Times nous apprend que les dirigeants des entreprises américaines de schiste (dont l’exploitation coûte cher) ont fait savoir leur mécontentement face à ses objectifs de baisse des cours. Ce qui rendraient le pétrole extrait sur le sol américain non compétitif et entraînerait une crise du secteur et des pertes d’emplois américains.
Par ailleurs, le forcing de Trump pour dépenser au moins 100 milliards de dollars dans les infrastructures pétrolières vénézuéliennes déplaît. Les réserves sont théoriquement importantes mais elles sont difficiles à extraire car il s’agit de pétrole extra-lourd ou « pétrole noir ». Les infrastructures actuelles d’extraction et de raffinage sont soit insuffisantes, soit déjà saturées, et il faudrait au moins 10 ans d'investissements massifs pour que cela devienne pleinement rentable. Ce que les entreprises américaines ne sont pas vraiment prêtes à faire, compte tenu des prix actuellement bas du « pétrole noir ». Les géants pétroliers américains ont l'intention de se concentrer sur le Guyana voisin et sur les champs offshores du golfe du Mexique, plutôt que sur le Venezuela.
Par ailleurs, le « succès » militaire de Trump au Venezuela n’est pas impopulaire que dans le reste du monde, il l'est aussi aux Etats-Unis. Le Daily Mail nous apprend que 52% des Américains n'approuvent pas l'opération d'arrestation de Maduro et que 62% sont contre le fait de poursuivre l'escalade militaire.
Au Sénat, Trump a été mis en minorité, à 52 contre 47, après que 5 sénateurs républicains ont voté pour une proposition démocrate l’obligeant à passer par le Congrès pour ses futures aventures militaires. De nombreux républicains et soutiens du mouvement MAGA tentent de se distancer de la question vénézuélienne, ne souhaitant pas s'y enliser avec Trump. Son propre camp se fissure.
Une situation qui risque de s’aggraver.
Prenons l’acte de piraterie contre le pétrolier Marinera, battant pavillon russe, ajouté à des actes identiques en mer des Caraïbes. Trump se vante de ses succès et de sa toute-puissance, il n’a « pas besoin du droit international ».
Mais pendant ce temps, et alors que les caniches européens rêvent aussi de piraterie dans la Baltique, 5 pays des BRICS réalisent du 9 au 16 janvier l’exercice naval international « Will for Peace 2026 ». L’objectif est clair : sécuriser les routes maritimes, protéger les échanges économiques et garantir la stabilité en mer.
Bientôt des convois sécurisés contre la piraterie occidentale ? Comme pendant la bataille de l’Atlantique ? Sachant, par exemple, que la capacité de production chinoise en tonnage est environ 232 fois supérieureà celle des États-Unis, on peut anticiper le résultat.
Et ce ne sont pas les délires égotiques (payés par la dette) du programme de « golden fleet » et de super-croiseur de « classe Trump » qui changeront quoi que ce soit, le principe étant par ailleurs obsolète depuis, justement, la Seconde guerre mondiale.
Cela mériterait beaucoup plus de développement, mais on peut ajouter pêle-mêle un inventaire à la Prévert de difficultés supplémentaires qui s’accumulent pour Trump :
Les menaces contre le Groenland indignent la planète entière, jusqu’aux pourtant si dociles hiérarques européens, qui semblent curieusement prêts à y répondre.
Le dernier bombardement du Nigéria, fin décembre, révèle qu’entre un quart et un tiers des missiles Tomahawk étaient défectueux. Des civils ont même retrouvé 4 têtes de missile intactes.
Les annonces d’augmentation du budget militaire à 1 500 milliards de dollars, payée par la dette, suscite pour cette raison précise l’indignation d’une partie importante du mouvement MAGA.
Indignation croissante également dans cette même frange de la population américaine, déjà échaudée par les rumeurs sur le meurtre de Charlie Kirk, face à la soumission à Israël, avec la reprise des menaces de bombardement sur l’Iran.
La bavure du meurtre d'une mère de famille par un agent des services d'immigration (ICE) à Minneapolis amène à de nouvelles émeutes de gauche et à une nouvelle mobilisation dans les grandes villes américaines, et indigne jusqu’à une partie du mouvement MAGA, dont le très influent Tucker Carlson.
Le caviardage massif des fameux dossiers Epstein passe également mal dans l’opinion conservatrice.
Le Fentanyl ravage toujours les centres villes américains, alors que tout le monde a compris que le Venezuela n’avait rien à voir avec le narcotrafic et que les menaces d’attaque sur le Mexique (pour le coup véritable plaque tournante) passent cependant mal dans un pays dont les chiffres de l’UCLA révèlent que 20% de la population est hispanique, dont 60 à 63% d’origine mexicaine.
Un train de matières dangereuses a encore déraillé ce 30 décembre près de Trenton (Kentucky), rappelant qu’une grande partie des infrastructures du pays tombe en ruine.
Enfin, la valeur totale des réserves d'or détenues par les banques centrales mondiales a dépassé celle des obligations du Trésor américain. Indice supplémentaire d’une dédollarisation active.
Moralité, Trump ferait mieux de s’occuper réellement de son propre pays et de sa population. C’est-à-dire précisément la promesse sur laquelle il avait été élu et qu’il ne remplit pas. À l’approche des élections de mi-mandat, cela devrait l’inquiéter.
Certes, tenter de sauver absolument le pétrodollar et, ce faisant, la vie intégralement à crédit des Etats-Unis, en menaçant de coloniser ou de brutaliser la planète entière en fait aussi partie, mais dans un monde en mutation profonde, cela ne passe plus et aura pour seul résultat d’isoler encore un peu plus un pays déjà, à raison, particulièrement mal aimé.
Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.
