Comment va évoluer la situation au Moyen-Orient ? Alexeï Pilko, docteur en histoire, auteur du blog «La pinte de raison» sur Télégram, envisage des scénarios pour l'administration Trump dans sa guerre contre l'Iran.
Le conflit au Moyen-Orient est entré dans une phase d’enlisement : la prise d’assaut de l’Iran par les États-Unis et Israël a échoué. Téhéran, non seulement se défend avec un certain succès, mais il lui arrive encore d’infliger des dommages à ses adversaires. Par ailleurs, le détroit d’Ormuz demeure sous le contrôle total des Iraniens, qui mènent également, avec une intensité variable, des frappes contre les infrastructures énergétiques et logistiques des autres pays du golfe Persique.
Cependant, le temps joue en faveur de l’Iran, qui profite de la crise énergétique qui menace l’économie mondiale. Pour les États-Unis en revanche, le temps presse, et le moment de prendre des décisions approche : soit le retrait, soit la surenchère. La première solution n’est en réalité que théorique. Si elle était appliquée, l’actuelle administration et en particulier Donald Trump se retrouveraient dans une situation peu enviable. Une défaite au Congrès en novembre prochain et une destitution qui ne manquerait pas de s’ensuivre sont presque certaines.
Cela signifie donc que Washington n’a guère d’autre issue que l’escalade. Dès lors, se pose une question loin d’être simple : le niveau de cette escalade. Le fait est que les capacités conventionnelles des États-Unis peu à peu s’épuisent. Il convient d’utiliser avec parcimonie les ressources à disposition. En effet, la production militaire américaine ne parvient pas à reconstituer les arsenaux qui s’épuisent.
Ainsi, la première solution à la disposition de l’administration Trump est le chaos économique en Iran, en s’attaquant massivement aux infrastructures, et en détruisant en totalité ses capacités énergétiques. En représailles, l’Iran ne manquera pas de faire la même chose aux pays arabes du Golfe, ce qui ne sera pas sans répercussions dans la région et sur les marchés mondiaux. Cela ne débloquera pas non plus le détroit d’Ormuz. En revanche, en faisant cela, les États-Unis pourront s'en laver les mains et déclarer : « Le potentiel nucléaire et économique iranien a été entièrement détruit, mission accomplie, on se retire. »
Deuxième solution autrement plus sérieuse, l’utilisation par les États-Unis d’armes nucléaires contre les sites nucléaires iraniens ou d’autres objectifs. Bien entendu, il s’agirait de frappes ciblées et de faible intensité, mais elles pourraient être suivies d’un ultimatum nucléaire à l’encontre de l’Iran qui pourrait se justifier par ce qu’il est convenu d’appeler le « sacrifice suprême », à savoir des pertes américaines massives lors d’une opération de débarquement en cours de préparation. Un tel cas de figure aurait des conséquences extrêmement difficiles à prévoir. D’ailleurs, Washington pourrait très bien envisager un hybride des deux scénarios.
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