Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Macron : de la «dissuasion nucléaire avancée» à la mise en danger des pays européens

Macron : de la «dissuasion nucléaire avancée» à la mise en danger des pays européens
Emmanuel Macron [photo d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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En annonçant une nouvelle Doctrine nucléaire de «dissuasion avancée», Emmanuel Macron envisage la dispersion de l’arsenal nucléaire français sur différents pays européens. Pour Karine Bechet, la chute du tabou nucléaire met en danger les populations européennes.

Les discussions autour de la nouvelle Doctrine nucléaire française continuent à enfler et beaucoup se demandent jusqu’où les Atlantistes européens sont prêts à aller. En plus des discussions avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne pour renforcer une coopération à ce niveau, Macron envisage la possibilité de disperser l’arsenal nucléaire français dans différents pays européens, précisant bien que cette information ne sera pas divulguée, ni le nombre de têtes en question, dont la France entend accélérer la production face à la mythique « menace russe ».

Dans cette vision quelque peu désespérée, l’arme nucléaire semble être le dernier espoir de ces élites en chute libre, qui laissent libre cours à un aveuglement malsain. Le tabou du nucléaire est en train de se fissurer. Les acteurs de la Seconde Guerre mondiale et les témoins des bombardements nucléaires américains contre le Japon, effectués sans aucune nécessité militaire, disparaissent. Et leur mémoire aussi.

S’ouvre alors une nouvelle époque, celle d’une fin de règne, sans mémoire historique, sans vision stratégique, uniquement centrée sur la survie géopolitique de cette caste dirigeante, contestée dans ses fondements idéologiques et dont la puissance vacille.

Dans cette fuite en avant, la France n’est pas seule. Sous couvert de protection « pro-active » contre la Russie, qui ne cesse de répéter ne pas vouloir agresser l’Europe, plusieurs pays s’engagent dans ce processus de « contamination nucléaire » du Continent européen.

Des pays comme l'Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas, la Belgique, le Danemark et la Suède s’engagent à titre divers à accueillir des armes nucléaires françaises. La Pologne, où Macron était en visite, ne peut rester en retrait et se dit prête à joindre le mouvement, notamment à participer à des exercices de dissuasion nucléaire et à héberger des Rafales. La mécanique est en marche. Des Rafales dotés de missiles à tête nucléaire pourront être basés dans ces pays. 

La nouvelle met mal à l’aise et certains commentateurs tentent d’en diminuer l’importance. Ainsi, peut-on lire : « l'évolution de la dissuasion française "dans la profondeur du continent européen", selon les mots d'Emmanuel Macron, n'est pas à confondre avec un "partage" ou une "extension" de la dissuasion nucléaire française. ». Il ne s’agit que de jouer sur les mots, car si formellement la France garde la décision finale d’utiliser ou non l’arme nucléaire, elle doit tenir compte de ses engagements internationaux. De plus, les pays, où ces armes seront entreposées, deviennent des cibles militaires légitimes.

C’est d’ailleurs ce qu’a rappelé le vice ministre russe des Affaires étrangères, Alexandre Grouchko : « Il est clair, que nos forces armées seront contraintes d'accorder une attention particulière à cette question dans le cadre de la mise à jour de la liste des cibles prioritaires en cas de conflit grave. ».

Traduction : il est clair que les lieux où seront basés les Rafales français, dotés de têtes nucléaires, deviendront des cibles militaires prioritaires pour la Russie, en cas de développement du conflit à partir du front ukrainien.

La guerre ne se déroule pas entre l’Ukraine et la Russie, mais bien sur le front ukrainien, entre les Atlantistes et la Russie. Et petit à petit, avec le renforcement de la militarisation de l’Europe sous la baguette des Atlantistes, leur cobelligérance ne pourra plus être volontairement ignorée par Moscou pour éviter une escalade du conflit. 

Comme l’a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, l’une des caractéristiques de la Russie est sa patience. Mais elle a des limites, a-t-il ajouté. Celles-ci semblent se rapprocher à pas de géant.

La peur d’une réponse de la Russie est la seule chose, qui puisse retenir ces élites, qui ont besoin de modifier la configuration du conflit pour reprendre la main. Les Atlantistes ne s’intéressent pas à l’opinion publique, ni à l’intérêt national des pays qu’ils instrumentalisent dans leur propre intérêt (évidemment, supérieur – de leur point de vue). Ils ne sont en revanche pas très courageux.

Ainsi, la capacité réelle de dissuasion de la Russie sera un élément central de la retenue de cette contamination politique nucléaire de l’Europe. La capacité de dissuasion d’un pays repose certes sur les armes, mais surtout sur la croyance des autres pays en la volonté politique de les utiliser en cas de danger.

Et c’est bien la question centrale, qui se pose aujourd’hui en Europe : la Russie réagira-t-elle et si oui, à quel moment ? Le Renseignement extérieur russe a déjà plus d’une fois tiré la sonnette d’alarme, non seulement en ce qui concerne la militarisation de l’Europe, mais aussi sur la volonté de l’Union européenne de développer une dissuasion nucléaire autonome.

Cette dernière est plus discutable pour deux raisons, qui ne la rendent pas moins dangereuse pour autant. Tout d’abord, beaucoup de pays européens, comme l’Allemagne ne voient la défense européenne en général que comme un élément de la défense atlantiste. Ensuite, parce que la question nucléaire est liée à la capacité de certains pays et limitée par le Traité de non-prolifération.

En ce sens, l’UE, en organe régional de gouvernance globale, se prépare à renforcer les forces européennes (géographiques et non pas politiques) de défense des intérêts atlantistes. Et cela présente effectivement un véritable danger, non seulement pour la Russie, mais pour la sécurité stratégique internationale.

Ce danger existe notamment pour les populations européennes, qui seraient mises en première ligne en cas d’affrontement avec la Russie, sans jamais avoir été consultées lors de tout ce processus d’escalade. S’il y a vraiment un danger en Europe, rappelons-le, ce sont ces élites atlantistes. 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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