La Chambre basse du Parlement russe a adopté un projet de loi permettant de recourir aux forces armées à l’étranger en cas de détention de citoyens russes à la suite d’une décision de justice étrangère en matière pénale. Pour Karine Bechet, Il s'agit d'un message clair envoyé à l’Occident, après l’intensification des arrestations arbitraires.
Le 19 mars 2026, le gouvernement de la Fédération de Russie a déposé devant le Parlement un projet de loi visant à élargir les compétences des forces armées russes afin de pouvoir défendre les citoyens russes arrêtés par des juridictions étrangères dans le cadre d’affaires pénales. Le vote, qui vient d’avoir lieu, est sans appel : 381 députés l’ont soutenu, soit 84,7 %.
La politisation de la justice en Occident est devenue un fait difficilement contestable et attendre patiemment une décision juste et équitable lorsque la Russie est visée est malheureusement généralement illusoire. La Russie est devenue l’ennemi officiel. Donc, si la justice de ces pays peut plus ou moins fonctionner normalement dans le cadre des affaires courantes, dès que la Russie est, d’une manière ou d’une autre, mise en cause à travers l’un de ses ressortissants, l’affaire devient politique.
L’indépendance de la justice est un beau principe, mais qui a toujours eu des limites objectives. La justice n’est pas indépendante de l’État, puisqu’elle en est l’une des branches ; elle n’est pas non plus indépendante de l’idéologie, puisqu’elle la met en œuvre à travers ses décisions. Et toute affaire politiquement sensible reste sous le contrôle du pouvoir politique.
Comme l’a souligné le président de la Douma, la Chambre basse du Parlement russe, Viatcheslav Volodine : « La justice occidentale est devenue, de fait, un instrument de répression contre les personnes jugées indésirables. Le non-respect des normes internationales, l’ingérence flagrante dans les affaires des États souverains et les persécutions illégales sont devenus monnaie courante. »
Et les citoyens russes deviennent des cibles privilégiées dans le cadre du conflit en cours entre les élites globalistes et la Russie, précisément parce qu’ils sont Russes. Les déclarations politiques, les publications dans les médias ou encore le recours à la mythique et très engagée « communauté internationale » ne permettent pas toujours à la Russie de défendre ses citoyens dans une situation de non-droit de plus en plus généralisée.
Le gouvernement a donc demandé que les forces armées russes puissent, dans un cadre bien précis, agir en dehors de leurs compétences habituelles.
Ainsi, comme le précise le document explicatif des motivations accompagnant le dépôt du projet de loi, l’objectif du texte est « de protéger les droits des citoyens de la Fédération de Russie en cas d’arrestation, de détention, de poursuites pénales et autres, en exécution de décisions de tribunaux d’États étrangers investis de pouvoirs en matière pénale par d’autres États étrangers sans la participation de la Fédération de Russie, et d’organes judiciaires internationaux dont la compétence ne repose pas sur un traité international de la Fédération de Russie ou sur une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies adoptée dans le cadre de l’exercice des pouvoirs prévus au Chapitre VII de la Charte des Nations Unies ».
Autrement dit, il s’agit de pouvoir intervenir dans la zone grise de la para-justice pénale internationale face au développement de la compétence universelle en dehors des organes établis de justice internationale, permettant à n’importe quel pays, lorsqu’il le reconnaît, de juger ce qu’il estime être un crime commis par un tiers sur un territoire tiers. Une pratique développée après la chute de l’URSS, lorsque le monde a basculé dans la globalisation, et dont l’usage est hautement politique.
Dans ce cas, sur décision du président de la Fédération de Russie, les organes étatiques mettent tout en œuvre pour venir en aide aux citoyens russes visés. L’armée peut également être appelée à intervenir.
Le dernier exemple en date d’un citoyen russe interpellé pour des raisons politiques est l’arrestation récente en Pologne de l’archéologue russe Alexandre Boutiaguine, qui a commis le crime de faire des fouilles en Crimée et de vouloir participer à une conférence internationale en Occident. Il a finalement été échangé et a pu rentrer à la maison.
Mais au-delà de ces exemples, nous voyons se développer la volonté très marquée, non pas de juger la Russie, mais de la condamner politiquement, en visant directement ses dirigeants. Les Européens veulent à tout prix, en dehors de tout cadre juridique existant, mettre sur pied un Tribunal spécial pour condamner le président russe et les hauts responsables militaires, qui ont l’outrecuidance de ne pas leur permettre de remporter une victoire sur le front ukrainien ; sans oublier cette fausse histoire d’enlèvement d’enfants ukrainiens par la Russie, où l’Ukraine a eu le plus grand mal finalement à trouver 300 noms d’enfants éloignés de la zone de combat et placés en sécurité, dont tous ne sont pas identifiés ou ayant de la famille en Ukraine, voire se trouvant réellement sur le sol russe et non pas en Allemagne, comme ce fut le cas pour une centaine.
La Russie est un pays à la culture juridique extrêmement formaliste. Mais quand un acte d’une telle ampleur est adopté, personne ne peut douter qu’il sera utilisé.
Les élites russes ont perdu toute confiance en la justice occidentale et n’ont pas l’intention d’abandonner leurs citoyens, ni leurs dirigeants, à la malveillance d’élites globalistes en quête de revanche, agissant non seulement en dehors des cadres juridiques internationaux, mais les méprisant ouvertement.
Comme le souligne le président du Comité de la Douma pour la Défense, le député Andreï Kartapolov, cela ne signifie pas que la Russie prévoit de recourir systématiquement aux forces armées pour venir en aide aux citoyens russes pris dans les filets d’une justice politique et partiale. Mais, sur décision spéciale du président russe, l’armée pourra désormais agir.
À bon entendeur, salut !
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