Quand la presse française se couvre de honte en Guinée : une lettre piteuse de France 24 au président guinéen

Quand la presse française se couvre de honte en Guinée : une lettre piteuse de France 24 au président guinéen Source: Gettyimages.ru
Quand la presse française se couvre de honte en Guinée : une lettre piteuse de France 24 au président guinéen [photo d'illustration]
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Le professeur Franklin Nyamsi, président de l’Institut de l’Afrique des Libertés, explique la mea culpa de France 24 au sujet de l'attaque contre le chef d'État guinéen Mamadi Doumbouya.

Il fut un temps où la moindre information en Afrique dite francophone devait émaner de Paris ou transiter par Paris avant d'être diffusée en Afrique. Ce fut l'âge d'or de la domination médiatique française sur les anciennes colonies et territoires sous tutelle de la France. Les dirigeants français, caracolant au pinacle de leur néocolonialisme triomphant, maîtrisaient allègrement le contenu des esprits des masses africaines tout en continuant à piller les matières premières du premier et plus grand continent de notre planète, le berceau de l'humanité, l'Afrique. Les libertés d'opinion, d'expression et de presse, bénéficiant exclusivement à la métropole française, lui permettaient de faire et défaire à volonté les réputations en Afrique. La promotion des pires vassaux du néocolonialisme français en Afrique était ainsi assurée, sans vergogne, dans les médias français, passés maîtres dans l'art de faire et défaire les rois en Afrique. De la même manière, la France pouvait ostraciser médiatiquement les résistants africains, les dirigeants, militants et activistes panafricanistes étant voués à la caricature, au mépris et à la marginalité. Pour exister médiatiquement, il fallait être adoubé par Paris, ou alors, on choisissait de disparaître. 

À présent, en cette année 2026, cet âge d'or de la domination médiatique française en Afrique est terminé. Les masses populaires africaines se sont emparées de la révolution cybernétique de l'information et ont diversifié leurs sources d'informations. Les téléphones, les tablettes et les ordinateurs interconnectés du continent noir ont ouvert les esprits des Africains à la pluralité des sources, des conceptions, des intérêts, des visions et des opportunités du grand village planétaire. Désormais, ce ne sont plus RFI, TV5, France 24, BBC, VOA, DW, Jeune Afrique, Le Monde, Libération ou le Canard Enchaîné qui dictent la vision du monde des Africains, mais leur propre compréhension de la marche de ce monde. Ce sont les réseaux sociaux africains et les médias des gouvernements panafricanistes qui mènent la cadence. Sur Facebook, TikTok, YouTube et sur X, l'opinion africaine se polarise désormais autour du discours souverainiste, du renouveau du panafricanisme et de la réinvention pragmatique des relations entre l'Afrique et le reste du monde contemporain. 

Dans la même dynamique, l’émergence des gouvernements souverainistes sahéliens du Mali, du Burkina Faso et du Niger continue de doper ce mouvement de reprise de l’image médiatique de l’Afrique par les Africains. Bamako, Ouagadougou et Niamey ont vigoureusement chassé les médias néocolonialistes français, notamment en raison de leur parti pris flagrant pour les terroristes et les sécessionnistes que la France diffuse à travers le Sahel pour imposer sa présence économique, militaire, politique et culturelle dans la région. Le désaveu s'est même prolongé dans d'autres pays autrefois considérés comme des chasses gardées de Paris, tel le Togo du président Faure Gnassingbé qui a également envoyé paître les médias français. 

Depuis lors, la presse française en Afrique n'est plus que l'ombre d'elle-même. Plus personne ne calcule les dires des médias du groupe France Médias Monde et leurs nombreux tentacules à travers le continent sont flétris du même discrédit moral et populaire que le néocolonialisme français incarné par le système mafieux de la Françafrique lui-même. C'est dans ce contexte de décrépitude massive que survient le nouvel épisode guinéen du marasme médiatique français. Au hasard de l'un de leurs journaux télévisés controuvés, les plumitifs de France 24 n'ont pas hésité, le 14 septembre 2026 passé, à traiter le Chef de l'État guinéen, le général Mamadi Doumbouya, de « président putschiste ». La réaction des autorités guinéennes, en date du 17 septembre 2026, n'a pas tardé : France 24 a été immédiatement interdite dans toute l'étendue du territoire de la République de Guinée. 

Et alors, surprise des surprises ! Les éditorialistes de France 24, média français directement placé sous la tutelle du ministère français des Affaires étrangères, vont défrayer la chronique en s'excusant massivement et piteusement d'avoir traité le président guinéen – en effet arrivé au pouvoir le 5 septembre 2021 par un coup d'État – de « président putschiste » ! C'est dans la foulée, la directrice de France 24, dame Vanessa Burggraf, qui se fend d'un courrier aplaventriste complet, implorant le président guinéen de bien vouloir reconsidérer la décision d'interdiction du média officiel France 24 sur son territoire ! Comment expliquer cette séance d'autoflagellation publique des dirigeants de la chaîne officielle française devant le Chef de l'État guinéen ?

De prime abord, cet assaut d'humilité de la presse officielle française tranche avec ses pratiques habituelles. Tout le monde connaît le cortège de qualificatifs infâmes dont les chefs d'État des pays de l'Alliance des États du Sahel sont régulièrement couverts dans les médias officiels français tout comme dans la bouche des dirigeants français eux-mêmes. Lors de sa conférence avec les Ambassadeurs de France en août 2023, c'est Emmanuel Macron en personne qui avait donné le coup d'envoi aux flétrissures des dirigeants sahéliens par la presse officielle française, dans le cadre de ce qu'il a lui-même appelé « la lutte informationnelle en Afrique ». Les ministres, diplomates et journalistes officiels français n'ont fait qu'emboîter le pas à Emmanuel Macron, le Chef de la junte néocolonialiste et terroriste française lui-même – une appellation que nous lui réservons en réplique précisément au traitement qu'il a lui-même choisi d'appliquer aux présidents Goïta, Traoré et Tiani du Mali, du Burkina Faso et du Niger. 

En réalité, le mea culpa de la direction de France 24 devant le président guinéen révèle encore plus cruellement le « deux poids, deux mesures » de la diplomatie néocolonialiste de la France en Afrique. Prenons six pays africains où il y a eu des coups d'État militaires ces dernières années : le Tchad de Mahamat Idriss Déby Itno en 2021 ; le Gabon d'Oligui Nguema en 2023 ; la Guinée de Mamadi Doumbouya en 2021 ; le Mali d'Assimi Goïta en 2021 ; le Burkina Faso d'Ibrahim Traoré en 2022 ; le Niger d'Abdourahamane Tiani en 2023. Qu'est-ce qui permet à France 24 de traiter régulièrement de « putschistes » les dirigeants du Mali, du Niger et du Burkina Faso, et de donner du « Excellence Monsieur le Président de la République » aux dirigeants tchadien, gabonais ou guinéen ? Tous ces officiers sont arrivés au pouvoir dans leurs pays respectifs par coup d'État. Pourquoi certains seraient-ils moins putschistes que les autres dans la terminologie de France 24 ? La France ne devrait-elle pas s'en tenir, comme le fait d'ailleurs la plupart des autres puissances, à reconnaître les autorités des pays africains, quel que soit leur mode d'arrivée au pouvoir, elle dont la Cinquième République fut fondée par un putschiste et rebelle notoire, à savoir le général Charles de Gaulle ? 

L'excuse toute trouvée de la chaîne officielle française, par ailleurs passée maîtresse dans l'apologie du terrorisme en Afrique, c'est de dire que les présidents gabonais, guinéen ou tchadien, quant à eux, seraient passés par des élections et auraient par là acquis la légitimité démocratique en Afrique. Mais qui peut donc encore faire mine de savoir que la plupart des élections organisées en Afrique francophone – que ce soit par des dirigeants civils ou des dirigeants militaires –, aujourd'hui présentent des vices profonds que sont la violation ostentatoire des constitutions par les locataires du pouvoir, l'exclusion massive des opposants politiques du processus électoral, la fraude électorale des pouvoirs en place, la confiscation des commissions électorales et conseils constitutionnels par les pouvoirs en place et la brutalisation massive et intimidatrice des peuples par les forces de défense et sécurité au service du pouvoir ? Tout le monde sait aujourd'hui que les résultats des élections dans la quasi-totalité de l'Afrique francophone n'engagent que ceux qui y croient ! Il n'y a donc pas de privilège électoral à accorder à ceux qui organisent ces mascarades car ils ne sont pas plus présidents que ceux qui n'organisent pas d'élections. 

Enfin, rappelons à France 24 qui fait mine de l'ignorer qu'il existe deux sortes de coups d'État et que tous les coups d'État ne se valent point. D'une part les coups d'État réactionnaires, faits pour servir des intérêts étrangers et antipopulaires ; d'autre part les coups d'État révolutionnaires, faits pour servir les aspirations populaires et la souveraineté des peuples en lutte contre la domination sous toutes ses formes.

Dans l'opinion africaine contemporaine – et de nombreux sondages internationaux l'ont établi –, les meilleurs présidents de la république d'Afrique francophone ne sont ni les autocrates civils de la Françafrique, ni les dirigeants militaires alliés à la puissance néocoloniale française dont ils assurent encore les derniers morceaux du pré carré. L'opinion africaine considère à juste titre que les meilleurs présidents de la république d'Afrique sont les dirigeants panafricanistes au pouvoir au Mali, au Burkina Faso et au Niger, car leur action politique sert incontestablement les aspirations des Africains à la souveraineté politique, économique, culturelle et spirituelle réelle. 

Les autorités guinéennes ne gagneraient donc pas à tomber sous le charme lénifiant du mea culpa de France 24 le 17 septembre 2026, quand on sait pour quelles raisons la France en veut au président guinéen Mamadi Doumbouya. Paris en veut à Conakry parce qu'alors qu'Emmanuel Macron estime que le régime guinéen lui doit aussi son avènement au pouvoir depuis 2021, le gouvernement du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a osé s'opposer à deux initiatives de Paris. La première : la création d'une soi-disant monnaie nouvelle ECO de la CEDEAO qui s'est avérée le Franc CFA bis de Macron et Ouattara s'est vue opposer une fin de non-recevoir par le gouvernement du pays d'Ahmed Sékou Touré. La deuxième initiative néocolonialiste étouffée jusqu'ici par la Guinée-Conakry est le refus de permettre aux instructeurs militaires français et ukrainiens encadreurs des terroristes du Sahel, de s'installer près de la frontière malienne, au nord de la Guinée. Paris n'en décolère pas ! Macron, le chef de la junte néocolonialiste et terroriste française en veut à Doumbouya parce qu'il le juge ingrat. Et il ne faut pas oublier le mot de Macron concernant les Africains qui s'opposent au néocolonialisme français. Emmanuel Macron a affirmé ouvertement le 6 janvier 2025 devant ses ambassadeurs réunis à Paris que « L'ingratitude est une maladie non transmissible à l'homme ». Histoire de décréter sous-hommes, toute l'Afrique en lutte contre le néocolonialisme français. En Guinée comme ailleurs en Afrique, s'impose donc le mot du docteur Frantz Fanon, l'auteur des Damnés de la terre : « La liberté du colonisé naît du cadavre en décomposition du colon ».

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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