Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

Défaite de Trump aux élections de mi-mandat : quelles conséquences pour le conflit en Ukraine ?

Défaite de Trump aux élections de mi-mandat : quelles conséquences pour le conflit en Ukraine ?
Défaite de Trump aux élections du mi-mandat : quelles conséquences pour le conflit en Ukraine ? [Image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Les élections de mi-mandat aux États-Unis furent une défaite attendue pour les républicains en général, qui perdent le Sénat et la Chambre des représentants, mais aussi pour Trump en particulier. Cela ne peut, comme le souligne Karine Bechet, rester sans effet sur le conflit atlantiste en Ukraine.

Les résultats des élections de mi-mandat sont sans appel, les démocrates ont pris sept sièges de plus au Sénat et 41 à la Chambre des représentants, même dans des fiefs historiquement républicains. Comme le souligne la BBC, « Au Sénat, les démocrates ont enchaîné les victoires dans des bastions républicains, notamment au Texas, dans l’Ohio et au Kansas — État, qui n’avait pas élu de démocrate depuis près de 100 ans. » 

Ainsi, les démocrates obtiennent 54 sièges contre 44 aux républicains au Sénat. Et la situation à la Chambre des représentants n’est pas meilleure pour Trump : 253 pour les démocrates contre 157 pour les républicains. Ce n’est pas que la défaite des républicains, c’est aussi la défaite de Trump et du « projet Trump ».

Trump non seulement n’a tenu aucune de ses promesses de campagne, même s’il est vrai qu’en politique comme ailleurs, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, mais il a instauré un chaos, qui discrédite totalement les États-Unis sur la scène internationale. 

Le conflit en Ukraine ne cesse de s’intensifier, car il n’y a aucune volonté réelle d’y mettre fin pour les atlantistes en général et Trump en particulier. Sinon, Starlink et Palantir ne fourniraient plus le renseignement militaire à l’armée atlantico-ukrainienne sur le front et pour les tirs en profondeur en Russie. Sinon, Trump n’exigerait pas des Européens une augmentation de leur budget militaire et de leur contribution à l’OTAN, pour acheter des armes américaines par l’intermédiaire du programme PURL. 

Trump a lancé une guerre au Moyen-Orient avec Israël, dont il ne peut sortir et qu’il ne peut terminer sans perdre la face : soit en raison d’un bombardement massif, qui réduirait à néant l’image des États-Unis, soit en raison d’un renoncement, qui serait une reddition. En attendant, ils ont perdu le contrôle du détroit d’Ormuz et l’Iran leur tient tête.

Si les États-Unis n’ont toujours négocié qu’en fonction de leurs intérêts et n’ont, historiquement, jamais fait de réelles concessions, c’est-à-dire accordé quelque chose qui n’aille pas dans leur intérêt, les négociations sont devenues une véritable parodie, que ce soit dans le cadre du conflit avec l'Iran ou en Ukraine contre la Russie. Reprise des hostilités avec l’Iran pendant le processus même de discussion ou bien « oubli » de ce qui avait été convenu avec la Russie, le tout accompagné par des déclarations de la présidence américaine d’un optimisme forcé poussant au triomphalisme ridicule et prématuré.

La seconde élection de Trump n’a pas été contestée par l’état profond américain, il est donc logique d’en déduire qu’un accord avait été passé. Trump a joué le rôle du Jocker, celui qui perturbe le jeu, fait tomber tous les repères politiques et diplomatiques habituels pour rebattre les cartes et tenter de redonner l’avantage aux élites globalistes.

Cela n’a pas fonctionné. Il n’a réussi ni à l’intérieur, ni à l’international. Le seul changement réel : le coût du conflit en Ukraine a été reporté sur les Européens, qui sont désormais au bord de la banqueroute.

Cette ligne venant d’être rompue, les résultats des élections de mi-mandat ne peuvent pas ne pas rester sans conséquence sur la politique internationale, tant pour ce qui nous intéresse, au regard de l’Europe et de la Russie.

Les Européens attendent le retour à des relations plus pacifiées avec les « dirigeants » américains, le « chef » ayant pour eux été trop capricieux et incompréhensible ces derniers temps. Les élites atlantistes européennes, en phase avec l’état profond américain, estiment pouvoir remonter sur la scène internationale.

À ce sujet, le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, a déclaré qu’après avoir préparé la rencontre d’Abou Dhabi avec la Russie au sujet de l’Ukraine, si tout se passe bien, il faudrait intégrer l’Europe : « Nous consulterons étroitement nos partenaires européens en marge de ces discussions et, si des progrès sont réalisés, nous viserons à passer à un format multilatéral plus large avec leur participation directe ». Rappelons que pour l’instant, vu la position des Européens, la Russie ne voit pas l’intérêt de discuter avec eux - tant qu’ils ne voudront pas réellement chercher une sortie du conflit.

Dans ce contexte, et en prévision d’une autre potentielle réunion tripartite, cette fois en Chine entre les dirigeants chinois, russe et américain, il est difficile de ne pas se demander ce que vaut la parole de Donald Trump aujourd’hui. 

Tout processus de négociations internationales au sommet implique que non seulement les participants aient réellement la volonté d’obtenir un compromis par les négociations, mais qu’ils aient également les moyens politiques de garantir la réalisation de ce compromis, s’il est atteint. Sinon, les négociations n’ont aucun sens.

Nous avons souvent remis en cause la volonté même des États-Unis de rechercher un compromis et non pas d’obtenir gain de cause par un autre moyen. Désormais, se pose également la question de la capacité politique de Donald Trump. 

N’ayant plus la majorité au Sénat, ni à la Chambre des représentants, le président américain peut d’une certaine manière promettre tout et n’importe quoi, sans garantir que cela passe, car un refus parlementaire bloquera tout processus et ce conflit politique interne s’annonce sévère. Par ailleurs, il a les mains libres pour justement promettre ce que la Russie veut entendre et la conduire, elle, à prendre véritablement des mesures, qui n’aillent pas forcément dans son intérêt, sans en porter in fine la responsabilité, ni même pouvoir garantir que ses promesses dépasseront le seuil de son mandat.

Quel est l’intérêt d’entreprendre des négociations sérieuses et importantes aujourd’hui dans ce contexte, des négociations qui pourraient impliquer l’avenir de la sécurité internationale ? Telle est bien la question. 

Trump et les républicains ne peuvent pas ne pas en avoir conscience, quel est alors le sens de ce retour à des négociations, jusqu’à ce jour évidemment refusées, d’une nouvelle architecture internationale de sécurité ? La Russie doit bien le garder à l’esprit. Le jeu continue et est entré dans une phase particulièrement incertaine.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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