La Russie enregistre le premier traitement mondial contre la maladie de Bekhterev
© RIA NOVOSTI Source: SputnikUn traitement mis au point en Russie contre la maladie de Bekhterev a franchi une étape décisive. Le médicament, conçu par la société Biocad, est désormais enregistré et administré dans plusieurs villes russes. Il s’agit du premier traitement ciblé officiellement validé pour cette pathologie chronique.
La Russie a officiellement présenté le premier médicament au monde spécifiquement conçu pour traiter la maladie de Bekhterev, aussi appelée spondylarthrite ankylosante. Ce traitement innovant est le fruit de près de 19 années de recherche, issue de la filière biopharmaceutique russe indépendante, menée par la société Biocad.
Le médicament, dont la substance active est connue sous le nom de Seniprutug, est commercialisé en Russie sous l’appellation Tribuvia. Il est le premier à avoir été enregistré pour cette pathologie. Plus de 600 patients en Fédération de Russie bénéficient déjà de cette thérapie, dont une cinquantaine hors cadre expérimental, grâce à son autorisation de mise sur le marché national.
Le professeur Alexandre Lila, directeur de l’Institut de recherche en rhumatologie, précise que la mise en place du traitement est actuellement assurée dans des centres spécialisés à Moscou, Saint‑Pétersbourg et Novossibirsk, avant d’être poursuivie dans d’autres régions. Ce dispositif garantit une couverture médicale coordonnée sur tout le territoire. Le protocole prévoit une perfusion intraveineuse en milieu hospitalier, suivie d’une deuxième injection trois mois plus tard, puis d’un rappel tous les six mois. Cette régularité maîtrisée permet aux patients de conserver une vie normale.
Un mécanisme de précision, sans affaiblir l’immunité
Contrairement aux traitements classiques, souvent basés sur l’immunosuppression généralisée, le médicament Seniprutug agit uniquement sur les lymphocytes T pathogènes, responsables directs de l’inflammation. Cette approche ciblée a été saluée comme une rupture technologique majeure par Sergueï Loukianov, recteur de l’Université Pirogov.
Impliqué dans le développement du médicament, Sergueï Loukianov — lui-même atteint de la maladie — a été l’un des premiers à en bénéficier. Il souligne que la plateforme technologique utilisée pourrait aussi servir à traiter d’autres maladies auto-immunes comme le lupus ou le rhumatisme psoriasique.
Les résultats cliniques révèlent une efficacité rapide : les premiers effets sont observés dès la première semaine et s’intensifient jusqu’à la 48ᵉ semaine. De plus, avec seulement une ou deux administrations par an, le traitement limite le risque d’accoutumance et améliore nettement la qualité de vie des patients sur la durée.
Médecine et souveraineté renforcée
Les essais cliniques de phase III, toujours en cours, mobilisent plus de 20 centres médicaux dans neuf villes russes. Ces études incluent une analyse approfondie des biomarqueurs afin d’adapter la réponse thérapeutique à chaque profil patient — une approche en phase avec les standards les plus avancés de la médecine.
Pour Alexeï Sitalo, président de l’Association d’entraide pour la maladie de Bekhterev, l’arrivée de ce médicament constitue une révolution thérapeutique. Il rappelle que les traitements précédents « tiraient sur la maladie comme un fusil sur des moineaux », alors que Seniprutug cible directement la cause et donne les meilleurs résultats chez les patients à un stade précoce.