La première visite de Poutine dans les îles Kouriles fait du bruit au Japon
Source: SputnikLe président russe, Vladimir Poutine, s'est rendu pour la première fois dans les îles Kouriles, en Extrême-Orient russe. Un déplacement inédit qui a immédiatement suscité une vive réaction au Japon, aussi bien de la part des autorités que dans les médias et sur les réseaux sociaux.
Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine s'est rendu, ce 13 août, dans les îles Kouriles, un archipel volcanique qui s'étend sur environ 1 200 kilomètres entre la péninsule russe du Kamtchatka, au nord, et l'île japonaise de Hokkaido, au sud, séparant la mer d'Okhotsk de l'océan Pacifique. Le président russe a ainsi prolongé sa tournée de travail en Sibérie et dans l'Extrême-Orient par une étape à Itouroup, la plus grande île de l'archipel.
Le déplacement marque une première pour Vladimir Poutine, mais pas pour les autres hauts responsables russes. Avant lui, les Kouriles avaient déjà reçu à cinq reprises la visite d'un président ou d'un chef du gouvernement russe. Dmitri Medvedev s'y était rendu quatre fois : en 2010, alors qu'il était président, puis en 2012, 2015 et 2019 en qualité de Premier ministre. En 2021, son successeur à la tête du gouvernement, Mikhaïl Michoustine, avait lui aussi fait le déplacement jusqu'à Itouroup.
Sur place, Vladimir Poutine a consacré une grande partie de sa visite aux infrastructures et à la vie économique de l'île.
Toutefois, au-delà de ce programme consacré aux réalités locales, la présence du président russe à Itouroup a immédiatement pris une dimension politique. À plusieurs centaines de kilomètres de là, Tokyo a vivement réagi à l'annonce de son arrivée.
Tokyo élève une « vive protestation »
La réaction japonaise a été presque immédiate. Le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a annoncé que son pays formulerait une « vive protestation» contre la visite de Vladimir Poutine à Itouroup. Dans un message spécifiquement consacré au déplacement du président russe, le chef de la diplomatie japonaise a réaffirmé la position de Tokyo sur les quatre îles revendiquées par le Japon. Selon lui, celles-ci, dont Itouroup, constituaient « historiquement et du point de vue du droit international une partie intégrante du territoire japonais ». Il a indiqué avoir été informé de la présence de Vladimir Poutine sur l'île par les médias avant de réitérer effectivement l'opposition de Tokyo à cette visite.
Cette réaction gouvernementale ne s'est pas cantonnée aux déclarations diplomatiques. En quelques minutes, l'information s'est imposée dans le débat public japonais et a envahi les réseaux sociaux.
Au Japon, l'annonce s'empare des réseaux sociaux
Il n'a fallu que quelques minutes pour que la visite de Vladimir Poutine à Itouroup se hisse en tête des tendances du segment japonais de X, particulièrement populaire dans le pays. Durant la seule première demi-heure, plus de 2 000 messages consacrés au déplacement ont été publiés, propulsant le sujet à la première place des discussions. Les utilisateurs ont massivement relayé les informations diffusées par les principaux médias japonais. Beaucoup ont accompagné leurs publications de commentaires critiques, parfois ouvertement indignés.
L'ampleur de la réaction s'est également reflétée dans la couverture médiatique. L'agence de presse japonaise Kyodo a annoncé la première visite de Vladimir Poutine à Itouroup avec la mention « urgente », en s'appuyant sur une information de l'agence de presse russe TASS. Sur le site de la télévision publique NHK, le déplacement est devenu l'article le plus consulté, tandis que les principaux journaux japonais l'ont également placé au premier plan de leur actualité.
Au-delà de la simple annonce, certains médias japonais ont cherché à interpréter le sens politique du déplacement. Kyodo y a vu une « volonté du pouvoir russe de manifester son soutien aux régions ». NHK, de son côté, l'a présenté comme une « réaction à la politique antirusse menée par Tokyo dans le contexte de la situation en Ukraine ». Cette lecture politique prend d'autant plus de relief que, la veille encore, Vladimir Poutine avait notamment évoqué la question des Kouriles et les relations avec le Japon au cours d'une intervention à Ioujno-Sakhalinsk.
Moscou rappelle sa position sur les Kouriles
Avant de se rendre dans les Kouriles, Vladimir Poutine est arrivé à Ioujno-Sakhalinsk, où il a assisté à la phase finale des exercices de la flotte russe du Pacifique et participé à une réunion consacrée à la sécurité des frontières orientales de la Russie.
C'est à cette occasion que le président russe a notamment évoqué les revendications japonaises concernant les îles Kouriles. Il a reconnu l'existence de revendications japonaises concernant les Kouriles, tout en soulignant que, du point de vue de Moscou, le sort de ces territoires avait été fixé par les documents internationaux établissant les réalités issues de la Seconde Guerre mondiale.
Poutine a toutefois insisté sur un autre aspect : malgré ce désaccord, la Russie avait été prête à rechercher une solution susceptible d'aboutir à la conclusion d'un traité de paix avec le Japon. Pour étayer son propos, le maître du Kremlin a rappelé la déclaration signée au milieu des années 1950 entre l'URSS et le Japon, qui aurait dû ouvrir la voie à un tel traité. Il a souligné que Tokyo avait également signé ce document avant de s'en détourner par la suite.
Vladimir Poutine a également rappelé que la Russie avait ensuite accepté, à la demande du Japon, de reprendre les discussions afin de rechercher une voie vers un accord de paix.