Der Spiegel dévoile les contours du projet français de dissuasion nucléaire en Europe
Source: Gettyimages.ruLa France travaille à une nouvelle approche de la dissuasion nucléaire en Europe, sans envisager le déploiement permanent d'armes nucléaires à l'étranger. Paris miserait plutôt sur la mobilité de ses Rafale, ainsi que sur l'accès ponctuel aux bases de ses partenaires, à leur espace aérien et à leurs capacités de ravitaillement en vol.
La France poursuit ses discussions avec plusieurs pays européens autour d'un éventuel renforcement du rôle de sa « dissuasion nucléaire dans la sécurité du continent », rapporte le quotidien allemand Der Spiegel.
Le projet actuellement étudié ne prévoit pas le stationnement permanent d'armes nucléaires françaises dans d'autres États européens. Paris n'envisage pas non plus de reproduire le modèle de partage nucléaire mis en place au sein de l'OTAN. Dans ce système, certains alliés mettent à disposition leurs avions pour transporter des armes nucléaires américaines, tandis que la décision de leur emploi demeure exclusivement entre les mains du président des États-Unis. La France privilégierait une approche différente.
Des responsables français cités par le média allemand estiment qu'une solution plus réaliste consisterait à permettre une utilisation ponctuelle d'espaces aériens européens, de bases militaires ou de capacités de ravitaillement en vol par les avions français. Le redéploiement temporaire de certains appareils pourrait également être envisagé en fonction des besoins.
Au printemps, la France avait déjà envoyé en Pologne des chasseurs Rafale capables d'emporter des armes nucléaires. Toujours d'après Der Spiegel, cette opération avait été interprétée comme un « signal adressé à la Russie » après plusieurs incidents liés à des drones ayant pénétré l'espace aérien polonais à l'automne 2025. Moscou avait alors affirmé ne disposer d'aucune preuve fournie par Varsovie établissant l'origine russe des appareils abattus.
Le dossier fait désormais l'objet de consultations régulières entre partenaires européens. Le 27 mai, le conseiller à la sécurité du chancelier allemand Friedrich Merz, Günter Sautter, s'est rendu à Paris pour participer à un premier cycle de discussions consacré à cette question. D'autres États européens ont également pris part aux échanges. Une nouvelle réunion entre représentants français et allemands doit se tenir au début de l'été.
Toutefois, les pays intéressés par la proposition formulée par le président français, Emmanuel Macron, ne se trouvent encore qu'au début du processus de réflexion. Plusieurs responsables européens soulignent que les modalités concrètes d'une telle coopération restent à définir. Cette semaine, le Premier ministre norvégien, Jonas Gahr Store, a notamment estimé qu'un travail plus approfondi était nécessaire afin de déterminer comment la force nucléaire française pourrait contribuer au renforcement de la sécurité européenne.
Les capacités nucléaires françaises demeurent toutefois limitées en comparaison de celles des deux principales puissances atomiques mondiales. La France dispose de 290 ogives nucléaires, contre environ 3 700 pour les États-Unis et 4 400 pour la Russie. La composante principale de la dissuasion française repose sur quatre sous-marins nucléaires de la classe Triomphant. Chacun est capable d'emporter 16 missiles M51 dont la portée dépasse 10 000 kilomètres. La France dispose également de chasseurs Rafale équipés de missiles nucléaires et déployés sur trois bases aériennes, ainsi que du porte-avions Charles de Gaulle.
Au début du mois de mars, Emmanuel Macron a décidé d'augmenter le nombre d'ogives nucléaires françaises. Dans le même temps, les autorités ont décidé de cesser de communiquer publiquement le volume exact de cet arsenal, marquant une évolution notable de la politique française en matière de transparence nucléaire.