Le poids écrasant des retraites des fonctionnaires dans le budget de l’État enfin dévoilé
© Pitton/NurPhoto Source: Gettyimages.ruPour la première fois, le gouvernement publie la part exacte des pensions des anciens agents dans le budget de chaque ministère. À l’Éducation nationale, 32% des crédits financent les retraites, un chiffre qui éclaire le débat budgétaire.
La publication inédite de la part des pensions des fonctionnaires retraités, annoncée dès le mois de mai par le ministre des Comptes publics David Amiel, figure dans une annexe au projet de loi de finances pour 2027. Elle vise à distinguer clairement les dépenses de fonctionnement du service public actuel de celles liées aux pensions des anciens agents, qui n’apparaissent pas dans les comptes de la Sécurité sociale.
Un tiers du budget de l’Éducation nationale absorbé par les pensions
Les données sont sans appel. Sur les 89,1 milliards d’euros de crédits prévus en 2027 pour l’Éducation nationale, 28,5 milliards, soit 32 %, seront versés au compte d’affectation spéciale Pensions.
Au ministère de l’Intérieur, la proportion atteint 30 %. En moyenne, les retraites représentent 13 % des budgets ministériels.
Ces montants, qui totalisent environ 60 milliards d’euros, placent le financement des pensions des agents publics parmi les plus lourdes charges de l’État. L’économiste Maxime Sbaihi a réagi, évoquant une publication historique et précisant : « Attention, ça pique : 32 % du budget de l’Éducation nationale et 30 % du budget de l’Intérieur part en réalité dans… les retraites. »
C'est HISTORIQUE: Bercy publie pour la 1ère fois le poids réel des pensions dans le budget de chaque ministère. Attention, ça pique: 32% du budget de l’Éducation nationale et 30% du budget de l'Intérieur part en réalité dans... les retraites Tous les ministères sont concernés⤵️ https://t.co/INovEVpjx5
— Maxime Sbaihi (@MxSba) October 13, 2026
Il souligne par ailleurs que cela représente plus de 11 % du budget de l’État central. La Cour des comptes évoquait pour sa part des pensions des agents de l'État qui pèsent 65 milliards d'euros par an.
Ce poids s’explique par un déséquilibre démographique marqué : moins d’un cotisant par retraité dans la fonction publique d’État, contre 1,5 dans le privé. L’État cotise à hauteur de 82,28 % du salaire des fonctionnaires civils et de 126,07 % pour les militaires, loin des 17 % du secteur privé.
La Cour a toutefois rappelé qu'à rémunération égale, le régime n’est pas plus avantageux. Le document budgétaire insiste : considérer le contraire constituerait « une lecture erronée à éviter ». Les critiques fusent pour autant et l’essayiste Joan Larroumec fustige une manipulation : « pour ne pas faire apparaître l’immense déficit des retraites, on impute des cotisations sociales allant jusqu’à 80 % du salaire des fonctionnaires. Ce qui gonfle tous les budgets. Ainsi non seulement on empêche de prendre conscience d’à quel point le système est déficitaire, que la retraite des fonctionnaires est sur le point de devenir le premier budget de dépense de l’état, mais aussi on fausse toutes les comparaisons internationales ».
Petite bombe de l’IGF qui révèle une mascarade inconnue du grand public et qui explique pourquoi on a l’impression que l’état est à poil sur toutes ses dépenses régaliennes et éducatives, alors qu’elle n’apparaît pas si mauvaise en comparisons internationales et que les milliards semblent bien là. Le secret : pour ne pas faire apparaître l’immense déficit des retraites, on impute des cotisations sociales allant jusqu’à 80% du salaire des fonctionnaires. Ce qui gonfle tous les budgets. Ainsi non seulement on empêche de prendre conscience d’à quel point le système est déficitaire, que la retraite des fonctionnaires est sur le point de devenir le premier budget de dépense de l’état, mais aussi on fausse toutes les comparaisons internationales. En réalité sur le régalien la France est proche du bas de classement, parce qu’elle crame tout son argent en retraites. J’ai fait quelques graphes pour expliciter.
— Joan Larroumec (@larroumecj) October 13, 2026
Cette clarification survient alors que le gouvernement cherche 5,5 milliards d’euros d’économies sur les retraités dans le budget 2027, via une sous-indexation partielle des pensions et un abaissement du plafond de l’abattement fiscal.