L’ex-secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg appelle l’Occident à dialoguer avec la Russie
Source: APDans une interview, Jens Stoltenberg a appelé les pays occidentaux à renouer le dialogue avec Moscou. Selon lui, des discussions sont nécessaires sur le conflit en Ukraine, mais aussi sur le contrôle des armements. Un changement de ton notable de la part de l’ancien chef de l’OTAN, qui avait jusqu’ici adopté une ligne dure face à la Russie.
Jens Stoltenberg, ancien secrétaire général de l’OTAN et actuel ministre norvégien des Finances, estime que l’heure est venue pour les capitales occidentales de reprendre le dialogue avec la Russie. Dans un entretien publié le 17 janvier par Der Spiegel, il a plaidé pour que l’on parle à Moscou « comme avec un voisin ».
L’ex-chef de l’Alliance atlantique avance trois raisons pour justifier ce retour au dialogue. D’abord, il juge indispensable d’aborder avec la Russie la question de la fin des hostilités en Ukraine, à l’image des discussions menées entre les États-Unis et d’autres partenaires. Ensuite, il évoque la nécessité de reconstruire un cadre international de contrôle des armements. Enfin, il insiste sur l’évidence géographique : la Russie est un voisin direct de l’Europe, et à ce titre, le dialogue est inévitable.
Une Russie constante, des Européens divisés
Il a rappelé que même aux heures les plus tendues de la guerre froide, les grandes puissances étaient parvenues à limiter l’usage des armes nucléaires. Interrogée par le média russe, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a souligné que la position de Moscou sur le conflit ukrainien est parfaitement connue et n’a pas varié. Elle a confirmé que la Russie restait prête à un dialogue d’égal à égal, tout en déplorant l’absence totale de volonté de la part des pays européens.
Ce changement de ton de Jens Stoltenberg s’inscrit dans un mouvement plus large observé ces dernières semaines en Europe. Emmanuel Macron avait déjà évoqué fin décembre la nécessité de renouer le contact avec Vladimir Poutine. La Première ministre italienne Giorgia Meloni a, elle aussi, appelé à « parler avec Moscou ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a pour sa part déclaré que la Russie restait « le plus grand voisin de l’Europe » et qu’il était temps de rétablir un semblant d’équilibre dans la région.
Moscou a salué ces évolutions. Le 16 janvier, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a confirmé que Moscou percevait des signaux positifs émanant de Paris, Rome et Berlin. Il a toutefois précisé qu’un dialogue existait actuellement avec Washington, mais restait inexistant avec Bruxelles. Une réalité qui souligne l’isolement diplomatique croissant de l’Union européenne.
Sans les États-Unis, le retour au réalisme
Dans son entretien, Jens Stoltenberg est également revenu sur sa propre expérience avec la Russie. Il a évoqué ses premiers échanges avec Vladimir Poutine au début des années 2000, à l’époque où il dirigeait le gouvernement norvégien. À cette période, des accords avaient été conclus sur l’énergie et la délimitation des frontières. « Nous sommes aujourd’hui très loin de cela », a-t-il reconnu, tout en appelant à ne pas renoncer au dialogue.
Jens Stoltenberg a mis en garde contre un possible retrait des États-Unis de l’OTAN, ce qui affaiblirait considérablement le lien transatlantique. Ce scénario, désormais envisagé ouvertement, provoque un malaise croissant chez les dirigeants européens, qui se retrouvent face à leurs propres responsabilités, sans la protection américaine.
Dans ce contexte de divisions internes et d’incertitude stratégique, les appels à engager un dialogue avec la Russie se multiplient. Même ceux qui, hier encore, adoptaient une ligne dure à l’égard de Moscou semblent désormais rattrapés par la réalité. À mesure que l’influence de Washington se fait plus lointaine, l’Europe redécouvre qu’aucune stabilité n’est possible sans la Russie.