Le pétrole s’envole malgré l’ouverture des réserves stratégiques
© Getty ImagesL’AIE a annoncé la libération record de 400 millions de barils pour stabiliser le marché. Malgré cette mesure, le prix du Brent dépasse les 100 dollars en raison des tensions régionales. La menace sur le détroit d’Ormuz alimente les craintes d’une crise énergétique mondiale.
Les marchés pétroliers restent sous forte tension malgré une mesure exceptionnelle annoncée par l’Agence internationale de l’énergie. L’institution basée à Paris a décidé de libérer 400 millions de barils issus des réserves stratégiques de ses pays membres, soit le plus important déblocage d’urgence jamais réalisé. L’objectif est d’amortir le choc provoqué par la guerre américano-israélienne contre l’Iran, qui perturbe déjà les flux énergétiques mondiaux.
Cette annonce n’a pourtant pas suffi à calmer les marchés. Le prix du baril de Brent a bondi d’environ 15 % après la décision de l’AIE et évoluait autour de 100 dollars, soit une hausse de plus de 35 % depuis le début de la guerre. Pour de nombreux analystes, la libération de réserves peut apporter un répit temporaire, mais elle ne résout pas le problème principal : l’incertitude sur l’approvisionnement mondial.
Au cœur de ces inquiétudes se trouve le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial. Le trafic maritime y est aujourd’hui fortement perturbé, après les menaces de Téhéran visant la navigation dans cette zone. Les Gardiens de la Révolution ont averti qu’ils pourraient empêcher tout transit pétrolier, laissant planer la perspective d’un choc énergétique majeur.
L'incertitude prédomine
La situation sur le terrain accentue ces craintes. Plusieurs navires commerciaux ont été visés ces derniers jours dans le Golfe, dont deux pétroliers attaqués dans le port irakien d’al-Faw. Dans ce contexte, les investisseurs redoutent une interruption durable des exportations régionales, ce qui pourrait faire grimper les prix bien au-delà des niveaux actuels.
Les spécialistes du secteur rappellent que les marchés pétroliers fonctionnent avant tout sur des anticipations. Tant que la perspective d’une fermeture durable d’Ormuz ou d’une extension du conflit persistera, les mesures techniques comme l’ouverture des réserves stratégiques auront un impact limité. Certains responsables iraniens évoquent déjà la possibilité de voir les prix atteindre 200 dollars le baril si la crise s’aggrave.
À cette incertitude énergétique s’ajoute l’imprévisibilité politique. Le président Donald Trump a tenu des déclarations contradictoires sur l’évolution de la guerre, affirmant tour à tour qu’elle pourrait s’achever rapidement ou que les opérations militaires étaient loin d’avoir atteint leurs objectifs. Ces signaux divergents entretiennent la nervosité des marchés, déjà fragilisés par la perspective d’un choc durable sur l’approvisionnement mondial.