Quand l’eau devient une arme : la nouvelle ligne rouge du conflit au Moyen-Orient
© Getty ImagesLes usines de dessalement, essentielles dans le Golfe, deviennent des cibles stratégiques. Une destruction massive provoquerait des pénuries d’eau et une crise économique en chaîne. La militarisation de l’eau marque une escalade majeure aux conséquences humanitaires graves.
Alors que la guerre entre l’axe américano-israélien et l’Iran s’intensifie, un seuil critique est en train d’être franchi : celui de l’eau. Longtemps épargnées, les usines de dessalement sont désormais exposées, voire prises pour cible, transformant l’accès à l’eau potable en levier stratégique. Des installations au Koweït, aux Émirats arabes unis ou encore à Bahreïn ont déjà subi des dommages, révélant une vulnérabilité majeure dans une région où l’eau dépend quasi exclusivement de cette technologie.
Depuis les années 1970, le dessalement est devenu la pierre angulaire de la sécurité hydrique du Golfe. Dans certains pays, comme le Koweït ou le Qatar, il assure jusqu’à 90 % de l’approvisionnement en eau. Mais cette dépendance repose sur un modèle fragile : quelques dizaines d’installations côtières concentrent l’essentiel de la production. Fixes, visibles et souvent proches de l’Iran, elles constituent des cibles faciles pour des frappes de missiles ou de drones.
Un instrument de pression
Cette fragilité n’est pas nouvelle. Dès les années 2000, des analyses américaines alertaient sur le risque systémique qu’impliquerait la destruction de ces infrastructures. Aujourd’hui, ce scénario se rapproche dangereusement de la réalité. Une mise hors service massive provoquerait des pénuries rapides, les réserves d’eau ne couvrant que quelques jours dans la plupart des pays concernés.
Les conséquences iraient bien au-delà de l’eau potable. Le dessalement alimente aussi les centrales électriques, l’industrie et une partie de la production alimentaire. Une rupture prolongée entraînerait donc une crise en cascade, affectant l’ensemble des économies du Golfe. Le recours aux nappes phréatiques, déjà surexploitées, ne pourrait constituer qu’une solution temporaire.
L’histoire offre un précédent inquiétant : lors de la guerre du Golfe de 1990, le Koweït avait vu ses capacités de production d’eau s’effondrer, entraînant des restrictions sévères pendant plusieurs semaines. Mais dans un conflit régional élargi, où plusieurs pays seraient touchés simultanément, les mécanismes d’entraide seraient bien plus limités.
En franchissant cette ligne rouge, le conflit ouvre la voie à une militarisation de ressources vitales. L’eau, fondement de toute vie, devient ainsi un instrument de pression, avec des conséquences humanitaires potentiellement catastrophiques et durables.