Le Canada cherche à se rapprocher de l’UE
Source: Gettyimages.ruAlors que ses relations commerciales avec les États-Unis se dégradent, Ottawa cherche à élargir ses marges de manœuvre. Le Canada discute avec Bruxelles d’un partenariat renforcé dans le commerce, la sécurité et les technologies, sans viser une adhésion à l’UE, mais avec l’objectif de réduire sa dépendance envers Washington plus durablement.
Le premier ministre canadien Mark Carney a confirmé le 14 septembre qu’Ottawa comptait ouvrir des discussions avec l’Union européenne sur la création d’une « alliance unique », tout en excluant une adhésion au bloc. Cette réorientation survient alors que le Canada cherche de nouveaux appuis économiques et politiques après la forte détérioration de ses relations commerciales avec les États-Unis.
Washington reste de loin le principal partenaire du Canada, ce qui limite toutefois les marges de manœuvre d’Ottawa. Dans ce contexte, le gouvernement canadien tente de diversifier ses échanges et de renforcer ses liens avec l’Europe. Selon un article de Politico publié le 14 septembre, Bruxelles cherche de son côté à rapprocher davantage le Canada de son espace économique et sécuritaire.
Les discussions portent sur les matières premières critiques, le commerce numérique, l’éducation, la mobilité des travailleurs qualifiés et la sécurité dans l’Arctique. Parmi les options examinées figure un rapprochement avec le marché unique européen, qui pourrait offrir au Canada un niveau d’intégration comparable, voire supérieur sur certains points, à celui dont bénéficient la Suisse ou la Norvège.
Javier Moreno, président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec le Canada, a estimé que l’UE pouvait aller « encore plus loin » qu’avec la Suisse. Un accès facilité au marché européen pour les entreprises canadiennes et une plus grande liberté de circulation des travailleurs font notamment partie des pistes avancées.
Une « alliance unique », mais sans adhésion
Ottawa cherche néanmoins à distinguer ce rapprochement d’une entrée dans l’Union européenne. Le Wall Street Journal rapporte que Mark Carney avait évoqué avec plusieurs dirigeants européens la possibilité d’un statut de « membre associé » et d’une intégration économique plus poussée.
Le premier ministre canadien a cependant exclu une adhésion formelle et affirme rechercher avant tout une « alliance » entre le Canada et l’UE. Les discussions concernent notamment la défense, l’énergie, l’intelligence artificielle et les minerais stratégiques.
D’autres mécanismes sont également à l’étude. Politico indique qu’une participation élargie du Canada au programme Erasmus+ est envisagée et qu’un accord sur le commerce numérique pourrait être conclu d’ici la fin de l’année. Le Canada a par ailleurs déjà accès au mécanisme européen Action pour la sécurité en Europe (SAFE), consacré au financement de la défense, tandis que l’Arctique fait également partie des sujets discutés.
L’Ukraine s’ajoute au rapprochement avec Bruxelles
Le dossier ukrainien s'inscrit également dans ce mouvement de rapprochement avec Bruxelles. Selon le Financial Times, Ottawa négocie une participation au prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à Kiev. Le montant de la contribution canadienne pourrait être fixé avant le sommet UE-Canada prévu fin octobre à Montréal.
Le Financial Times relie directement cette démarche à la volonté de Mark Carney de resserrer les liens avec l'Europe et de réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis. Une participation au financement européen de l’Ukraine deviendrait ainsi un élément supplémentaire de cette réorientation diplomatique.
Les limites du projet restent néanmoins importantes. L’Union européenne ne dispose actuellement d’aucun statut formel de « membre associé » correspondant au modèle évoqué pour le Canada. Même l'accord économique et commercial global (CETA), signé en 2016, attend encore sa ratification par plusieurs États membres.
Ottawa et Bruxelles cherchent donc surtout à mettre en place un format de coopération plus étroit, sans aller jusqu’à une adhésion. Ce rapprochement répond avant tout à une nouvelle configuration des relations entre le Canada et les États-Unis, alors que les tensions commerciales poussent Ottawa à rechercher davantage d’alternatives en Europe.
