Finalement appelé, Volodymyr Zelensky est accouru à Davos pour délivrer un discours agressif envers l’Europe, alors qu’il devait rencontrer Donald Trump. Pour Karine Bechet, il faut surtout ne pas oublier que ce personnage n’est pas une figure autonome. Par conséquent, quels intérêts sert-il ?
Savoir servir docilement, remplir et même devancer les attentes de son maître, tout en s’intégrant dans la troupe des laquais (avec sa hiérarchie et ses humeurs) n’est pas donné à n’importe qui. En tout cas, ce n’est pas donné à Zelensky, si l’on en croit son discours à Davos devant un parterre laissé ahuri.
Nous trouverons bien quelques médias français pour affirmer qu’il a reçu deux ovations debout, mais dans l’ensemble chacun reconnaît le caractère particulièrement agressif, voire méprisant du demandeur envers celui qui le nourrit. Car la ligne était celle d’une condamnation d’une Europe composite de puissances faibles et moyennes, incapable de répondre aux enjeux du monde d’aujourd’hui – que ce soit en dehors de son territoire, ou qu’il s’agisse de sa propre défense.
Un principe populaire régit pourtant la situation dans laquelle se trouve Zelensky : tu ne craches pas sur la main qui te nourrit. Il n’a pas même craché, il a mordu. Et les Européens ne sont pas contents. Ce n’est pas qu’ils soient en réalité une puissance forte, ce n’est pas qu’ils soient en état de prendre en main une défense qui est en réalité déléguée à l’OTAN donc aux États-Unis, mais Zelenky n’est pas Vance ou encore moins Trump pour pouvoir se permettre de les tancer ainsi.
Certaines déclarations de Zelensky semblaient particulièrement hors-sol, comme celles concernant le Groenland : « Si des navires de guerre russes naviguent librement autour du Groenland, l'Ukraine peut intervenir : nous possédons l'expertise et l'armement nécessaires pour qu'aucun de ces navires ne reste sur place. Ils peuvent couler près du Groenland, comme ils le font près de la Crimée. Aucun problème : nous avons les moyens et les effectifs. Si on nous le demandait, et si l'Ukraine était membre de l'OTAN – ce qui n'est pas le cas –, nous réglerions ce problème concernant les navires russes. »
Zelensky veut défendre le Groenland... contre la Russie
Alors que Zelensky ne cesse de se plaindre du manque de munitions et d’hommes, du manque de moyens en général, et que par ailleurs il reproche aux Européens de ne justement pas en faire suffisamment à ce sujet, il estime avoir les ressources nécessaires pour défendre le Groenland, tout seul comme un grand, et mettre en déroute la Russie – pendant que l’armée atlantico-ukrainienne ne cesse de reculer sur le front ukrainien.
Est-ce du comique de situation ? Une forme de « trumpisme secondaire » – le laquais reprenant toujours, même inconsciemment, les traits dominants de son maître ? Nous imaginons bien comment Zelensky, qui vient manger dans les mains américaines, autant qu’européennes, pourrait défendre le Groenland... contre la Russie. Et cela, tout en accusant les Européens de manque de fermeté face à Trump – qui assume ouvertement sa volonté de conquérir le Groenland par tous les moyens.
Continuant dans la mégalomanie, Zelensky déclare, le plus sérieusement du monde : « L’Europe doit être forte et l’Ukraine est prête à aider par tous les moyens nécessaires pour garantir la paix et empêcher la destruction. Nous sommes prêts à aider les autres à devenir plus forts qu’ils ne le sont actuellement. » Zelensky donne l’exemple à l’Europe et lui fait la leçon... après avoir détruit l’Ukraine.
Ursula von der Leyen est vexée, tout comme les leaders européens. L’UE a déjà versé 193 milliards d’euros, elle s’apprête à en verser encore 90. Sacrifier l’intérêt des Européens pour le front en Ukraine mérite bien au moins la reconnaissance du ventre.
Mais Zelensky ne s’arrête pas là, il attaque personnellement ceux, qu’il estime trop gentils avec la Russie, comme le dirigeant hongrois, pourtant parfaitement trumpiste. Et le ministre hongrois des Affaires étrangères estime qu’il s’agit d’une ingérence dans les affaires intérieures en vue des prochaines élections parlementaires pour conduire à un changement de ligne politique. Orban a également insisté : « Les Ukrainiens sont passés à l'offensive. Ils profèrent des menaces et s'ingèrent ouvertement dans les élections hongroises. Leur objectif est de s'emparer de fonds et d'intégrer l'Union européenne au plus vite. En tant que membre de l'Union européenne, la Hongrie a le droit de dire non. Notre gouvernement patriotique dit clairement non. »
Les Européens giflés par le maître, puis par son laquais
Bref, selon Zelensky, il faut arraisonner les navires russes sur l’exemple de Trump (ce que chacun commence par ailleurs à faire en Europe), saisir les actifs russes (ce que les Européens ont encore peur de faire), soutenir Trump - tout en restant « ferme », mais surtout développer une défense européenne (qui se fournirait aux États-Unis ?) – ce qui va en fait parfaitement dans la ligne de la nouvelle Stratégie américaine de défense nationale.
Zelensky a été sommé au dernier moment de se présenter. Peut-on sérieusement penser qu’il ait agi de manière autonome ? Il est raisonnablement possible d’en douter, surtout lorsque l’on voit la faiblesse de la réponse réelle et des Américains et des Européens.
Finalement, il n’y a eu que quelques grognements en Europe, mais la ligne n’est pas remise en cause. Et côté américain, la rencontre entre Trump et Zelensky s’est bien déroulée, un accord aurait été trouvé sur les conditions de sécurité pour l’Ukraine et Zelensky annonçait déjà la réunion tripartite des négociations aux EAU, avec d’un côté la Russie et de l’autre les États-Unis avec l’Ukraine, où « les Russes doivent être prêts à des compromis ».
Les Européens deviennent les dindons patentés de la farce. Ils se font gifler par le maître. Ils se font désormais gifler par son laquais. La chute semble être sans fin.
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