Karine Bechet, docteur en droit public (France), présidente de l'association Comitas Gentium France-Russie, animatrice du site Russie Politics.

EastInvest ou l’endettement stratégique de l’Europe orientale

EastInvest ou l’endettement stratégique de l’Europe orientale Source: Gettyimages.ru
Image d'illustration.
Suivez RT en français surTelegram

La Commission européenne a annoncé le lancement du programme EastInvest Facility devant conduire les pays du flanc Est de l’Europe à se détourner de leur attachement historique à la Russie. Pour Karine Bechet, cette ligne ressort de la logique du Rollback de l’époque de la Guerre froide.

Le 18 février, la Commission européenne a annoncé la mise en place de la « facilité EstInvest », un programme de prêts à l’investissement dans les infrastructures civiles et de défense, mais aussi dans la lutte « pour » la propagande de guerre, avec neuf pays de l’est-européen limitrophes de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, à savoir Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie.

La zone géographique est intéressante, puisqu’elle marque la frontière orientale de l’Union européenne, avec une Biélorussie qu’il est difficile de convaincre à abandonner la Russie, une Ukraine dévastée et transformée par ces élites en champs de bataille et, enfin, la Russie que les atlantistes combattent par proxy, aux frais des contribuables européens, sans oser l’affronter directement.

Or, cette guerre a un coût de plus en plus élevé, surtout depuis que les États-Unis de Trump ont fermé le robinet et décidé de laisser à leurs vassaux la charge économique et politique de la défense des intérêts atlantistes dans la région, sous leur commandement toutefois.

Ainsi, ce programme est justifié par la Commission européenne en raison du fait que ces pays sont touchés par les conséquences de la guerre conduite en Ukraine et ce à différents niveaux : économiquement, donc démographiquement également. Or, nous voyons bien la ligne réticente de certains d’entre eux, comme la Hongrie, qui refuse d’aller plus loin dans l’approvisionnement du front en Ukraine et traîne la patte au moment du vote de chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie.

La démarche est amusante car d’une part, les institutions européennes reconnaissent ainsi que cette guerre, où rappelons-le la Russie ne présente aucun danger militaire pour les pays européens (tant qu’eux ne l’agresseront pas, « préventivement » ou autrement), va à l’encontre de l’intérêt des pays européens ; mais d’autre part, comme cette guerre est indispensable pour défendre les intérêts atlantistes, tant que la Russie ne capitule pas (et puisqu’elle n’entend pas capituler, cela risque de coûter très cher aux Européens), la Commission européenne prévoit des prêts, allant encore plus endetter l’Europe de l’Est, pour que ces pays continuent à se sacrifier.

La Commission européenne annonce cinq domaines prioritaires et sans aucune surprise commence par la guerre, pardon par la « sécurité et la résilience » – c’est vrai que cela sonne beaucoup mieux.

Ainsi, le fameux et mystique « mur anti-drones » va engloutir une partie de ce financement, avec la relance du projet Eastern Flank Watch, censé protéger les pays européens des attaques de drones attribuées à la Russie. Attaques qui ont d’ailleurs miraculeusement pris fin dès que la question du financement de ces mécanismes suspects devant soi-disant lutter contre cette menace fut réglée. Les hasards du calendrier, rien de tel.

Dans ce domaine, il sera également question du développement du bouclier aérien et du bouclier spatial européen. Heureusement pour les populations des pays européens que la menace russe est irréelle. Car avec de tels dirigeants, ce serait véritablement la débâcle... mais après avoir vidé le tiroir-caisse.

Logique orwellienne : un endettement transformé en « croissance » et en « prospérité »

Deuxième volet – l’économie. Puisque la politique des sanctions contre la Russie et l’échec de son isolement ont coûté une fortune en Occident, il faut bien aider les pays victimes de cette politique à se maintenir la tête légèrement au-dessus de l’eau. Ainsi, ils pourront emprunter... et s’endetter. Quel avenir brillant, c’est enviable... Et dans la pure logique orwellienne, cette politique d’endettement chronique des pays de l’Est sans aucune perspective de relance économique réelle s’appelle au sein de l’UE « croissance et prospérité régionale ».

Le troisième volet est de l’hypocrisie pure. Ainsi, les pays européens sont sommés de se libérer de l’énergie russe moins chère, dont beaucoup dépendent historiquement, pour se tourner vers d’autres sources d’énergie, plus chères, mais qui ont le grand... et seul avantage de ne pas être russes, même si elles ne sont pas forcément disponibles en quantité suffisante.

Il est alors possible de lire dans la rubrique « s’appuyer sur les forces locales » : « Donner la priorité à l'intégration de l'électricité des États baltes dans les réseaux européens et au développement d'infrastructures transfrontalières pour l'hydrogène. » Quelles « forces locales » ? Cela reste un mystère de la pensée complexe.

Le quatrième volet prévoit la réorientation des voies et des infrastructures vers l’intérieur de l’Europe. Or, historiquement, ces pays étaient justement connectés entre eux et à la Russie, dont faisaient partie la Biélorussie et l’Ukraine. Redessiner les infrastructures revient à mettre ces pays sous une totale dépendance de Bruxelles, qui n’a rien à voir avec l’Europe, mais est simplement la capitale de l’UE.

Enfin, le dernier volet s’attaque aux cerveaux et à la main-d’œuvre, mettant sous couvert de lutte contre la pénurie de personnes compétentes l’accent sur le contrôle des médias et « la lutte contre la désinformation ». Quel est le rapport entre former des ingénieurs, dont ces pays ont besoin, et imposer une censure draconienne pour idéologiquement conditionner les populations ? Aucun. Simplement, le Monde global, dont l’UE assure la gestion de la dimension régionale européenne, n’a pas besoin de « spécialistes », n’a pas besoin de cerveaux (car ils risqueraient de penser et cela est extrêmement dangereux), il a besoin d’un troupeau docile, plus ou moins (mais pas trop) nourri, qui saura remplir les tâches de base.

Rompre le lien entre la Russie et l’Est de l’Europe

Ce document montre bien la volonté des globalistes de rompre le lien, qui reste entre la Russie et l’Est de l’Europe, notamment à travers une reconfiguration des infrastructures et un contrôle renforcé de discours médiatique. En faisant crouler ces pays sous le poids d’une dette, qu’ils ne pourront jamais rembourser puisque rien n’est fait pour réellement relancer l’économie, les globalistes entendent reprendre en main les pays qui ne remplissent pas leurs engagements « pour le front ukrainien ».

Il s’agit bien de repousser l’espace naturel et historique russe, cela ressort bien de la logique du Rollback, datant de la Guerre froide.

L’Ukraine est vraiment l’avenir de l’Europe, dans le sens direct du terme. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les paroles d’Ursula von der Leyen, qui « a cité l'Ukraine en exemple de transformation nécessaire, affirmant qu'elle « a démontré que la puissance, la dissuasion et, en fin de compte, la vie, dépendent des capacités industrielles ». « Comme on dit en Ukraine : "Changer ou mourir". Nous devons nous aussi adopter ce principe. »

L’Ukraine, qui fut quelque temps un pays après la chute de l’URSS pour n’être au mieux qu’un protectorat, qui est ruinée, est devenue un front, est montrée en exemple de réussite. C’est bien l’avenir, que ces élites proposent aux pays européens.

Le Rollback 2.0, c’est la dévastation de l’Europe, la politique de la terre brûlée, pour tenter de faire oublier le lien historique, civilisationnel, de toute une partie de l’Europe de l’Est avec la Russie.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

Raconter l'actualité

Suivez RT en français surTelegram

En cliquant sur "Tout Accepter" vous consentez au traitement par ANO « TV-Novosti » de certaines données personnelles stockées sur votre terminal (telles que les adresses IP, les données de navigation, les données d'utilisation ou de géolocalisation ou bien encore les interactions avec les réseaux sociaux ainsi que les données nécessaires pour pouvoir utiliser les espaces commentaires de notre service). En cliquant sur "Tout Refuser", seuls les cookies/traceurs techniques (strictement limités au fonctionnement du site ou à la mesure d’audiences) seront déposés et lus sur votre terminal. "Tout Refuser" ne vous permet pas d’activer l’option commentaires de nos services. Pour activer l’option vous permettant de laisser des commentaires sur notre service, veuillez accepter le dépôt des cookies/traceurs « réseaux sociaux », soit en cliquant sur « Tout accepter », soit via la rubrique «Paramétrer vos choix». Le bandeau de couleur indique si le dépôt de cookies et la création de profils sont autorisés (vert) ou refusés (rouge). Vous pouvez modifier vos choix via la rubrique «Paramétrer vos choix». Réseaux sociaux Désactiver cette option empêchera les réseaux sociaux de suivre votre navigation sur notre site et ne permettra pas de laisser des commentaires.

OK

RT en français utilise des cookies pour exploiter et améliorer ses services.

Vous pouvez exprimer vos choix en cliquant sur «Tout accepter», «Tout refuser» , et/ou les modifier à tout moment via la rubrique «Paramétrer vos choix».

Pour en savoir plus sur vos droits et nos pratiques en matière de cookies, consultez notre «Politique de Confidentialité»

Tout AccepterTout refuserParamétrer vos choix