Violences du 17 octobre : le piège gagnant de la macronie

Violences du 17 octobre : le piège gagnant de la macronie Source: Gettyimages.ru
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Si la violence a été telle en France lors des protestations contre la vie chère ce 17 octobre, c’est tout simplement parce que l’État l’a laissé faire, et même l’a encouragé. Une explication d’Alexandre Regnaud.

Autour d’un demi-million de personnes entre les chiffres officiels et ceux des syndicats, réunies dans 1 750 rassemblements revendiqués par ces derniers dans tout le pays. C’est le bilan de la journée de mobilisation contre la vie chère du 17 octobre en France.

Mais ce n’est pas ce qu’on en retiendra. On se souviendra d'un déchainement de violence extraordinaire et d'un bilan assez inhabituel. Inutile de faire la liste des villes touchées par des destructions, pillages et saccages gratuits, autant faire la liste grosso-modo des préfectures et sous-préfectures du pays. On remarquera malgré tout dans le schéma qui s’est dessiné ce samedi, la sur-représentation dans les attaques de symboles de l’État : préfectures et sous-préfectures, et bien sur les hôtels de ville, le plus marquant étant l’incendie et la destruction du bâtiment historique de celui de Limoges. C’est parfois plus brouillon, comme l’attaque de l’office du tourisme à Lyon. Ce qui fait dire qu’on est souvent loin de la véritable construction politique, et plus proche d’une bête volonté de détruire.

Ce qui nous amène à l’essentiel. Faut-il voir ici le symptôme d’une situation prérévolutionnaire ? Est-ce le peuple qui se réveille pour renverser ses oppresseurs et les destructeurs méthodiques de leur pays ? J’ai déjà écrit à plusieurs reprises sur le sujet, la réponse est clairement négative.

La violence ici est ordinaire, la même en réalité qu’à n’importe quelle manifestation, et même désormais qu’à n’importe quel évènement festif ou populaire. Les évènements populaires servent en effet d’excuse à une racaille sûre de son impunité, qui vient piller les centres villes, cela s’est observé aussi ce 17 octobre. Et les manifestations et mouvements revendicatifs sont l’excuse pour les fameux « black blocks ». C’est-à-dire un amalgame de militants d’ultra-gauche venus souvent de toute la France et même de pays limitrophe, se revendiquant vaguement de courants anarchistes, et profitant de l’occasion pour s’en prendre aux symboles du « capitalisme », en attaquant banques et magasins sur leur passage.

On a eu ce 17 octobre la rencontre de ces deux milieux, de nombreuses images montrant par exemple le pillage de magasins puis de mairies par des individues cagoulés arborant à la fois des drapeaux algériens (souvent repris par la racaille, malheureusement pour l’image de ce pays) et des drapeaux anarchistes.

Pourtant, il n’y avait pas ce 17 octobre un demi-million de personnes en train de détruire et de piller la France, l’immense majorité des manifestants protestaient dans le calme et la dignité, même si ce ne sont pas ces images que vous montrent les médias.

Alors, au-delà de la convergence de la racaille et de l’ultra-gauche, pourquoi ce déchainement, il faut l’avouer inhabituel, de violence ? On pourrait croire à un effet loupe des médias, et il est réel bien entendu. Ils savent cadrer un feu de palette pour le faire passer pour l’incendie d’un bâtiment entier, la couverture des Gilets jaunes l’a déjà largement montré. Ils savent aussi ne sélectionner que les images spectaculaires pour jouer sur les biais cognitifs du public afin de modifier la perception du réel et gonfler l’impression de violence, surtout auprès de l’immense majorité qui n’était pas sur place.

Mais le jeu médiatique n’est ici pas suffisant dans notre explication, car le niveau de violence, au-delà de sa mise en scène, était bien relativement inhabituel. C’est donc qu’il a été voulu.  Et qu’il a été voulu par un acteur qu’à priori on ne soupçonne pas au premier abord : le gouvernement !

Ce qui commence à mettre la puce à l’oreille, c’est bien entendu le timing. Les débordements lors des manifestations sont habituels, on l’a dit. Mais ils apparaissent en général en queue de cortège et surtout à la fin de la manifestation, lors de la dispersion. Ici, dès le tout début d’après-midi, les caméras avaient déjà de quoi alimenter en continu avec des scènes d’incendie et de pillage. La place de la République était déjà à sac, alors que le cortège n’était même pas encore parti de la place Clichy.

Les lieux aussi jouent. Alors que normalement la violence se passe en queue de cortège, parfois en tête, ici, elle avait souvent lieu dans des rassemblements spécifiques, totalement en dehors des espaces de manifestation prévus. Cela non plus n’est pas habituel.

Quel est alors le rapport avec l’État ? On pourrait croire que les « black blocks », clairement à l’initiative ici, la racaille n’intervenant ensuite que par effet d’aubaine, ont simplement changé de tactique ? Et c’est précisément ça qui nous renvoie à la responsabilité directe de l’État.

Il faut en effet avoir pleinement conscience que ces mouvements sont littéralement verrouillés par la police. Certains experts affirment sur le ton de la plaisanterie qu’au moins la moitié de leurs membres sont des indics, voire des infiltrés. Leurs déplacements sont connus, parfois même depuis l’étranger dont viennent une partie d’entre eux pour faire « la fête » en France. Les services de renseignements communiquent, et celui de la Préfecture de Police de Paris, un des plus anciens au monde, est parfaitement au courant de tout et de tous. Par ailleurs, ils sont clairement identifiables dans les cortèges, tenues noires, cagoules, etc. Et s’ils arrivent « incognito » (bien qu’étant déjà connus de la police donc), les forces de l’ordre les voient souvent se préparer et pourraient donc intervenir en amont. Ce qui veut dire, là encore plusieurs experts le confirment, que quand ils pillent et détruisent, c’est que les forces de l’ordres, qui ne les ont arrêtés ni préventivement avant l’évènement, ni quand ils y arrivent, ni quand ils se préparent à attaquer, eh bien les laissent tout simplement faire ! Et donc que l’État leur en a donné l’ordre…

Et quant à comprendre le pourquoi d’une situation aussi contre-intuitive, du point de vue d’un honnête citoyen, c’est très simple en réalité. Les Gilets jaunes en ont été une parfaite illustration et les évènements du 17 octobre viendront sans doute le confirmer. Tout simplement pour que la masse des gens condamne la mobilisation, et surtout pour qu’ils n’y participent pas, par peur de la violence justement, et ce même si, et presque surtout si, ils en partagent les mots d’ordre et les revendications.

A l’heure où 85% des Français détestent Macron et son gouvernement, il serait mal venu que tous ces gens-là décident, même pacifiquement, de prendre la rue ou, au hasard, les ronds-points. Il faut qu’ils restent chez eux, à ruminer sagement leur colère dans leur coin. Et quoi de mieux pour cela de leur montrer que si l’envie leur venait de descendre dans la rue, ça serait pour se retrouver au milieu de scènes de guerre urbaine.

En second lieu, cela joue aussi sur la masse des indécis. Il est bien connu qu’un évènement traumatique (attentats, catastrophe, violences urbaines) resserre naturellement la population autour du pouvoir. La plus parfaite illustration sont les « unions sacrés » dans les crises les plus graves, qui suspendent les querelles politiques.

On peut donc affirmer ici clairement que l’État, en France, a absolument intérêt à ce que ces violences soient les plus radicales et arrivent le plus tôt possible, pour qu’immédiatement l’herbe soit coupée sous le pied d’une grande partie des protestataires de bonne foi.

Le fait est de toute façon assez simple à observer : quand l’État veut décrédibiliser un mouvement, il laisse faire casseurs et racailles, quand il veut réellement le mater, il envoie ses blindés, les agriculteurs en colère s’en souviennent.

Le 17 octobre, alors que l’État savait parfaitement que les casseurs seraient là, il n’y avait pas de blindés… parce qu’ils savaient que le mouvement serait maitrisé autrement. C’est malheureusement aussi simple que cela, et le grand gagnant reste la macronie… pour l’instant.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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