Trump veut convaincre les habitants du Groenland de voter pour leur séparation du Danemark en échange de paiements allant jusqu’à 100 000 dollars par personne
Source: Gettyimages.ruDans le cadre de ses ambitions sur l’Arctique, l’administration Trump explore un projet inédit : offrir d’importantes sommes d’argent aux habitants du Groenland pour les convaincre de rompre avec le Danemark. Washington envisagerait de verser jusqu’à 100 000 dollars par personne afin de favoriser un vote en faveur de la séparation.
L’administration Trump étudie un projet inédit : offrir d’importantes sommes d’argent aux habitants du Groenland afin de les convaincre de quitter le giron danois et, potentiellement, de rejoindre les États-Unis. Cette information, révélée par Reuters le 8 janvier, repose sur les témoignages de quatre sources proches des discussions en cours.
D’après deux de ces sources, les montants évoqués iraient de 10 000 à 100 000 dollars par personne. Le plan, encore en phase exploratoire, impliquerait des versements uniques à l’ensemble des 57 000 habitants de l’île. Des responsables américains, y compris des conseillers de la Maison Blanche, participeraient activement à ces réflexions.
Cette initiative viserait à contourner l’opposition ferme du Danemark et des responsables politiques groenlandais. Comme l’indique Reuters, l’idée de verser directement de l’argent à la population locale illustre la manière dont Washington envisagerait d’« acheter » l’île — malgré les déclarations répétées de Copenhague affirmant que le Groenland « n’est pas à vendre ».
Une méthode directe, mais largement rejetée sur place
Ce projet de paiements massifs s’inscrit dans une stratégie plus large de l’administration Trump visant à renforcer son emprise dans l’Arctique. Le président américain a réaffirmé le 4 janvier que « les États-Unis ont besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale », dans un contexte de regain de confiance après l’opération militaire américaine au Venezuela, selon Reuters.
L’hypothèse d’un référendum d’indépendance est également évoquée. Dans cette perspective, des responsables américains ont avancé l’idée d’un accord de libre association (COFA), sur le modèle de ceux conclus avec certains États insulaires du Pacifique. Un tel accord permettrait à Washington d’assurer la défense et certains services publics de l’île, tout en y renforçant sa présence stratégique.
Mais sur place, les réactions sont vives. Le maire de Nuuk, Aavaataraq Olsen, a dénoncé une approche « qui traite les Groenlandais comme des marchandises ». Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a publié sur Facebook un message sans équivoque : « Assez, c’est assez… plus de fantasmes d’annexion ». Le 7 janvier, l’épouse d’un haut conseiller de Trump a diffusé sur les réseaux sociaux une image du Groenland aux couleurs du drapeau américain, accompagnée du mot : « Bientôt ».
Vives tensions diplomatiques autour de l’île arctique
Face à ces ambitions affichées, plusieurs capitales européennes ont réagi. Dans une déclaration conjointe, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, le Royaume-Uni et le Danemark ont rappelé que seules les autorités groenlandaises et danoises peuvent décider de l’avenir du territoire.
Donald Trump n’en est pas à sa première initiative sur ce dossier. Déjà lors de son premier mandat, il avait évoqué l’idée d’acheter le Groenland. En mars 2025, il avait même menacé le Danemark de sanctions commerciales en cas de refus de discussion. Cette stratégie est aujourd’hui perçue comme humiliante par une large partie de la population groenlandaise.
Ancienne colonie danoise, le Groenland bénéficie depuis 2009 d’une large autonomie. Si une majorité de ses habitants se disent favorables à l’indépendance, l’hypothèse d’un rattachement aux États-Unis demeure largement impopulaire. La perspective d’une intervention militaire américaine, parfois évoquée comme une option extrême, suscite également de fortes inquiétudes.
Estimée à près de 6 milliards de dollars, cette opération soulève de nombreuses questions, tant sur le plan éthique que stratégique. Elle confirme surtout l’intention claire de Washington : s’assurer un contrôle renforcé sur l’Arctique, dans une logique de supériorité militaire — au mépris du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.