«Voulons-nous traiter la France comme la Chine ?» : un patron allemand de KNDS fustige le repli national de Berlin

«Voulons-nous traiter la France comme la Chine ?» : un patron allemand de KNDS fustige le repli national de Berlin© Christian Charisius/picture alliance Source: Gettyimages.ru
L'ancien PDG d'Airbus, Thomas Enders, en 2017
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Tom Enders, président du conseil d’administration du groupe franco-allemand KNDS, dénonce vivement la volonté de Berlin d’imposer des droits de veto sur la propriété intellectuelle avant l’entrée en Bourse du fabricant de blindés. Des critiques exprimées après l’échec du SCAF, alors que d’autres programmes communs de défense sont menacés.

Le dirigeant allemand du KNDS, pilier de la coopération militaire franco-allemande, alerte sur la tendance protectionniste outre-Rhin qui risque de fragiliser durablement les partenariats industriels européens en matière d’armement.

 

« Une tendance préoccupante »

 

Dans une interview accordée le 15 juin au Handelsblatt, Tom Enders, ancien patron d’Airbus et président du conseil d’administration de KNDS, n’a pas mâché ses mots : « Voulons-nous vraiment traiter la France, avec laquelle nous coopérons avec succès depuis de nombreuses décennies dans plusieurs projets d’armement, comme la Chine ? »

Il déplore une « tendance préoccupante » à « se cantonner toujours plus au niveau national en matière de défense et de coopération dans l’armement ».

Cette sortie fait également suite à l’échec retentissant du Système de combat aérien du futur (SCAF), projet phare miné par les divergences entre Paris et Berlin. Tom Enders vise notamment les exigences allemandes de droits de veto sur la propriété intellectuelle en Allemagne, réclamés avant l’entrée en Bourse de KNDS prévue d’ici fin 2026.

Cependant, un compte spécialisé dans la défense allemande critique à son tour Enders, rappelant que le taux de réussite des projets franco-allemand est très faible et que la comparaison avec la Chine n’a pas lieu d’être, Berlin et Pékin n'ayant pas de projet d’armement communs.  

D’autres internautes ont vu dans ces tensions une illustration des difficultés persistantes de la coopération européenne. KNDS, issu du rapprochement entre Nexter (France) et Krauss-Maffei Wegmann (Allemagne), représente un acteur clé de l’armement terrestre européen face à la concurrence américaine et à Rheinmetall. Berlin souhaite prendre une participation de 40 % dans le capital, tandis que l’État français en détient actuellement 50 %.

 

Le MGCS aussi en péril ?

 

L’inquiétude porte également sur le Main Ground Combat System (MGCS), le char du futur. Le gouvernement allemand n’a pas exclu, le 15 juin, que le projet aboutisse à deux blindés distincts, un pour chaque pays, à l’image du scénario du SCAF. KNDS travaille déjà sur une « capacité intermédiaire » pour répondre aux besoins français dès 2035-2037. Ces frictions se produisent alors que l’Europe doit faire face à une urgence de réarmement.

Tom Enders, qui avait déjà critiqué la position allemande sur le SCAF, rappelle que l’Allemagne n’a pas développé d’avion de combat autonome depuis 1945. Un constat qui contraste avec les déclarations bellicistes de Berlin et du chef de la Luftwaffe qui estime l'Allemagne prête à « combattre » la Russie.

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