Quelles leçons l’Afrique pourrait-elle tirer des manifestations françaises ? Explications du président de l’Institut de l’Afrique des libertés Franklin Nyamsi.
Le samedi 17 octobre 2026 est un jour singulier en France. Plus d’un million de jeunes Français se sont mobilisés au centre des principales villes du pays pour exiger la démission immédiate et sans conditions d’Emmanuel Macron, chef incontestable de la junte néocolonialiste et terroriste française. C’est un tournant crucial du conflit, confirmant la détermination inébranlable du peuple français à bouter l’imposteur de l’oligarchie impérialiste occidentale hors du palais de l’Élysée. Il convient de se souvenir, quelques heures après cette formidable mobilisation populaire contre le régime Macron, des causes et des conséquences de sa chute brutale programmée. Ce n’est qu’alors qu’on pourra utilement tracer un parallèle africain, en entrevoyant les répercussions de cette dégringolade de la macronie sur l’équilibre géopolitique et géostratégique de l’Afrique contemporaine, dont les richesses immenses restent au cœur de la cupidité légendaire du néocolonialisme et de l’impérialisme français.
I) Des causes et des conséquences du rejet du président Macron par le peuple de France
La plupart des sondages enregistrent un niveau record d’impopularité de l’actuel chef de l’État, à 82 % d’opinions défavorables. En cause ?
L’explosion de la dette publique française, qui culmine à près de 3 600 milliards d’euros, soit 119 % du produit intérieur brut. La crise massive du pouvoir d’achat des Français, qui s’est effondré ces dix dernières années. L’inflation des prix des produits de première nécessité a tout naturellement suivi la flambée des coûts de l’énergie provoquée, entre autres causes, par la politique russophobe de Macron et de l’Union européenne, qui se sont délibérément privés du gaz et du pétrole russes pour plaire au Deep State américain. La hausse vertigineuse des prix du carburant, avec un litre de gazole à 2,35 euros en moyenne dans le pays. Ce sont donc, derrière la révolte lycéenne, les classes populaires, les habitants des zones rurales, les ouvriers, les agriculteurs et les classes moyennes, tout comme la petite-bourgeoisie, qui souffrent atrocement de l’augmentation brutale du coût de la vie, tandis que les oligarques financiers du pays bénéficient allègrement de la suspension, par Macron, de l’impôt de solidarité sur la fortune.
La pratique politique brutale de Macron n’a pas amélioré le tableau. Au plan institutionnel, Macron a usé et abusé de l’article 49.3 de la Constitution de la Ve République pour gouverner la France sans l’approbation du Parlement, où ses défaites électorales cinglantes l’avaient rendu minoritaire. En niant ainsi la volonté populaire, Macron s’est clairement illustré, notamment lors de la réforme des retraites, comme un adversaire, voire un ennemi acharné, de la démocratie. Sur le front social, le régime Macron a brillé par sa barbarie envers les mouvements de contestation pourtant légitimes du peuple français spolié. De la violence policière contre les Gilets jaunes à celle exercée contre les lycéens et les professeurs de France, la machine à matraques, à bombes lacrymogènes et à arrestations d’innocents de la macronie a fonctionné à plein régime, ce qui a entraîné de très nombreux appels à la démission et à la destitution du président Emmanuel Macron, notamment depuis le début de son second mandat.
S’ajoutent à ces causes flagrantes les postures diplomatiques abracadabrantesques de Macron, dominées par le « deux poids, deux mesures », la duplicité, l’inconstance et la veulerie les plus abjectes. Car le même Macron qui revendique la défense du droit international au nom de sa sacro-sainte patrie des droits de l’homme est celui qui va rire au nez du peuple du Venezuela lorsque Donald Trump kidnappe le président de ce pays Nicolás Maduro. Le même Macron qui se veut pacifiste au Liban est celui qui engage la cobelligérance de la France contre la Russie en Ukraine depuis 2022. Le même Macron qui prétend à l’exemplarité démocratique se retrouve à parrainer les pires potentats africains de la mafia Françafrique et à marcher bras dessus bras dessous avec le chef terroriste syrien imposé par l’Organisation du traité de l’Atlantique nord à la tête de la Syrie. Le même Macron qui prétend œuvrer à la paix internationale est celui qu’on retrouve à parrainer les groupes terroristes Front de libération de l’Azawad et Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans au Sahel contre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où il aspire à reconstituer les réserves françaises de matières premières africaines pillées. C’est cet homme politique, aujourd’hui vomi par son pays qu’il méprise, qui nous permet de mieux comprendre l’avenir immédiat et lointain des relations franco-africaines.
II) Des leçons africaines du rejet populaire d’Emmanuel Macron en France
La première des leçons à tirer de cette déconfiture macronienne est que l’Afrique doit résolument hâter les réformes économiques et sociales qui lui permettront de nourrir, loger, soigner et éduquer convenablement sa population, car un peuple abandonné à lui-même finit tôt ou tard par se révolter contre son gouvernement. C’est une leçon intemporelle. Qui gère mal les biens communs d’un pays le prédispose à se retourner contre ses mauvais gestionnaires pour la reddition des comptes.
La deuxième des leçons à tirer de cette affaire pour l’Afrique est que le respect du droit des gens, c’est-à-dire la justice pratiquée avec rigueur et exemplarité, est le meilleur ciment de la paix civile. On voit bien que l’attitude de Macron envers le peuple français qu’il brutalise est typiquement celle des tyrans africains envers leurs propres populations. Macron a inspiré les dictatures africaines, mais il s’inspire aussi d’elles. La fréquentation des tyrans a un effet de contamination comportementale. Les institutions dont nous nous dotons en Afrique ne doivent pas faire l’objet d’un usage aléatoire, fantaisiste et opportuniste par les dirigeants en place. Les injustices orchestrées par les tenants des pouvoirs exécutifs africains sont le terreau sur lequel prospéreront les justes colères populaires.
La troisième des leçons à tirer de la déconfiture macronienne en Afrique est que les régimes panafricanistes, qui sont dans le viseur du pouvoir Macron, doivent redoubler de vigilance et de solidarité intra-africaine face au loup néocolonial français blessé. À l’affût de voies et moyens pour remettre le grappin sur les réserves faramineuses de terres rares de l’Afrique, Emmanuel Macron, actuellement en quête de soutiens financiers au Moyen-Orient, n’hésitera pas à profiter du moindre assoupissement des dirigeants sahéliens en particulier et africains en général pour se repositionner. Il faut surtout se méfier des relais africains du néocolonialisme français, tels les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest qui, en cette période de fragilité de Paris, vont multiplier des promesses mielleuses aux pays panafricanistes. Car il est temps que les bourreaux de l’Afrique goûtent abondamment à l’amertume de leur forfaiture. Et ce ne sera que justice.
Enfin, l’Afrique doit se préparer à l’après-Macron avec détermination. La bonne résolution ici consiste à se donner les moyens d’empêcher tout successeur de Macron, en mai 2027 ou avant, d’influencer encore le sort politique des Africains. Le sauveur de l’Afrique, ce seront les luttes convergentes africaines et plus jamais un quelconque président français. Ce ne sont ni Jean-Luc Mélenchon, ni Marine Le Pen, ni Gabriel Attal, ni Édouard Philippe, ni François Asselineau qui mettront fin à la mafia Françafrique. C’est l’affaire des Africains eux-mêmes, des Africains d’abord, car, comme le remarquait l’écrivain nigérian Wole Soyinka : « Le tigre ne chante pas sa tigritude ; il attrape sa proie et la dévore. »
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