Polémique en France : une question sur l’origine des parents inquiète lors du recensement
© X / Ouest FranceLa campagne de recensement de 2026 soulève une polémique inattendue : une question facultative sur le lieu de naissance des parents divise les associations. Tandis que l’Insee défend un outil de mesure démographique, des voix s’élèvent pour dénoncer un risque de discrimination. La méfiance grandit face à l’usage possible des données collectées.
Depuis le 15 janvier 2026, près de 9 millions de Français participent à la campagne annuelle de recensement orchestrée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Cette année, une nouveauté attire particulièrement l’attention : la question numéro 7, qui demande le lieu de naissance des parents de la personne recensée.
Bien que présentée comme facultative, cette question a immédiatement suscité la méfiance. Plusieurs syndicats et associations ont appelé publiquement à ne pas y répondre. La CGT, la FSU, Solidaires et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples dénoncent un dispositif potentiellement discriminatoire, dans un contexte déjà marqué par la stigmatisation des personnes issues de l’immigration.
Du côté des autorités, le ministère de l’Intérieur a tenté de calmer les inquiétudes en assurant que les données recueillies ne seront pas utilisées pour des politiques de discrimination positive. Une déclaration qui a suscité l’effet inverse. « Si ce n’est pas pour la discrimination positive, c’est pour la discrimination négative », a réagi Hervé Mazure, du groupe Solidaires Landes.
Entre méfiance et flou institutionnel
À l’échelle nationale, la polémique prend de l’ampleur. Cinq grandes organisations, dont la Ligue des droits de l’Homme, s’interrogent sur l’utilité réelle de cette question, jugée à la fois inutile et dangereuse. Jean-Robert Suesser, de la LDH, rappelle que le recensement est censé servir à orienter les politiques publiques : « Il n’y a pas de politique publique qui justifie cette collecte. »
En réponse, l’Insee justifie l’introduction de cette question par un besoin de mieux comprendre les dynamiques locales, notamment en matière de ségrégation. Murielle Barlet, cheffe du département de la démographie, a déclaré à Franceinfo que cette mesure fait suite à un « large débat » et qu’elle pourrait « éclairer certains phénomènes sociaux à un niveau territorial ». L’institut insiste sur le caractère confidentiel des réponses, protégées par le secret statistique.
Pour autant, les doutes persistent. Roland Ramis, président de la Ligue des droits de l’Homme dans la région des Landes, rappelle qu’en 2004, une mairie dirigée par l’extrême droite avait tenté, sans succès, d’obtenir des statistiques sur les origines des bénéficiaires de logements sociaux. Pour lui, une telle question ouvre la voie à des dérives similaires. Il s’inquiète que les données puissent, à terme, être exploitées à des fins politiques.
Des garanties insuffisantes pour calmer les critiques
Face aux critiques, l’Insee souligne que la question sur le lieu de naissance des parents n’est pas une innovation. Des enquêtes antérieures de la statistique publique, portant notamment sur l’emploi ou le logement, incluent déjà des éléments similaires. Sylvie Le Minez, responsable des études démographiques à l’Insee, explique qu’il s’agit de « données objectives », utiles pour mesurer les inégalités de manière neutre, sans biais de perception.
Cependant, cette argumentation laisse sceptiques de nombreux opposants. Plusieurs associations rappellent que le formulaire comprend déjà des questions obligatoires sur la nationalité et la date d’arrivée en France. Selon elles, ajouter une question sur les parents revient à introduire une logique de classement fondée sur l’origine. « Cette question renforce les préjugés de ceux qui ne voient l’autre que par son origine », affirment les signataires d’un communiqué contre la question 7 du bulletin.
L’Insee affirme que lors du recensement de 2025, 80 % des participants ont accepté de répondre à la question. Pourtant, la méfiance persiste. Une partie de la population perçoit cette initiative comme un glissement vers une classification ethnique, contraire au principe d’égalité républicaine.
Une simple case dans un formulaire suffit désormais à réveiller la crainte d’un fichage généralisé. Pour beaucoup, cela en dit long sur l’état d’esprit d’une société qui doute de ses propres institutions.