Le RN prend ses distances avec Donald Trump
© Getty ImagesLe RN tente de se distancier de Donald Trump après des mois d’ambiguïté. Jordan Bardella condamne désormais les menaces américaines, notamment sur le Groenland. Mais les marques passées de proximité restent un point faible à l’approche de 2027.
Au Rassemblement national, l’heure est à l’effacement discret des marques de sympathie passées envers Donald Trump. Depuis sa réélection en novembre 2024, la complaisance, parfois assumée, à l’égard du président américain est devenue politiquement encombrante.
Mardi 20 janvier, au Parlement européen, Jordan Bardella a donc posé une nouvelle ligne : en menaçant le Groenland, Donald Trump impose un « rapport de force » dangereux et « céder créerait un précédent grave ». Le président du RN a appelé l’Union européenne à activer sans attendre ses instruments anti-coercition et à envisager des mesures ciblées contre les services et exportations américaines, tout en renvoyant la responsabilité de la crise à « des décennies d’aveuglement stratégique » européen.
Le malaise du RN
Cette condamnation, la deuxième en quelques semaines après celle de l’intervention américaine contre Nicolás Maduro, vise à désamorcer un malaise persistant. Car pendant plus d’un an, le RN a multiplié les signaux ambigus, saluant le « volontarisme » de Donald Trump et dénonçant la faiblesse de Bruxelles. Conscient du « piège béant » que représente cette proximité à l’approche de la présidentielle de 2027, le parti tente désormais de corriger le tir. Éric Ciotti, allié du RN, a même effacé ses tweets enthousiastes publiés après l’élection américaine, dont l’un le montrait coiffé d’une casquette « Make America Great Again ».
Jordan Bardella et Marine Le Pen avaient jusque-là opté pour une prudence calculée, laissant Louis Aliot représenter le parti à l’investiture de Trump en 2025. Officiellement, le RN assure n’avoir « jamais soutenu » le président américain. Mais cette ligne défensive se heurte aux faits : participation de Bardella au CPAC de Washington, interview flatteuse sur Newsmax en février 2025, ou encore propos validant le discours très offensif de J. D. Vance contre l’Europe.
Ces images demeurent un handicap potentiel. Selon un baromètre publié en janvier, 40 % des sympathisants RN conservent une bonne opinion de Donald Trump. Une réalité qui complique la stratégie de distanciation du parti, tiraillé entre calcul électoral et héritage idéologique.