L’intervention américaine au Venezuela «porte atteinte à un principe fondamental du droit international», dénonce l'ONU
© Ercin Erturk/Anadolu Source: Gettyimages.ruDans le sillage du Haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, l’une de ses porte-paroles a réitéré ce 6 janvier la «profonde préoccupation» de cette instance onusienne à la suite de l’opération américaine au Venezuela, soulignant que les droits humains ne pouvaient être brandis pour justifier une intervention militaire unilatérale.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) est « profondément préoccupé » par la situation au Venezuela à la suite de l'opération militaire menée par les États-Unis, a annoncé ce 6 janvier sa porte-parole Ravina Shamdasani.
« Il est clair que cette opération a porté atteinte à un principe fondamental du droit international : l'interdiction faite aux États de menacer ou d'utiliser la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un État », a-t-elle ajouté, reprenant la ligne tenue par le Haut-commissaire Volker Türk dans une tribune publiée la veille dans The Guardian.
« Je suis profondément troublé par ces événements, ainsi que par certaines réactions que j'ai pu observer », déclarait cet avocat de formation dans les colonnes du quotidien britannique. « Un discours se dessine, cherchant à justifier l'intervention militaire américaine comme une réponse au bilan catastrophique du gouvernement Maduro en matière de droits humains », ajoutait-il, fustigeant une intervention qui « viole la souveraineté vénézuélienne et la Charte des Nations unies » et « fragilise l'architecture de la sécurité internationale et compromet la sécurité de tous les pays ».
« Les droits humains ne sauraient être instrumentalisés »
« Les droits humains des Vénézuéliens ne sont pas un enjeu de négociation ni un point à marquer », a martelé Volker Türk, estimant que « les droits humains ne sauraient être instrumentalisés à des fins idéologiques […] invoqués à l’occasion et dénigrés dans le cas contraire ».
« Les États-Unis ont justifié leur intervention en invoquant le bilan désastreux et de longue date du gouvernement vénézuélien en matière de droits humains », a souligné Ravina Shamdasani, mais on ne peut contraindre à rendre des comptes au moyen d’une « intervention militaire unilatérale en violation du droit international », a-t-elle poursuivi.
« Nous craignons que l’instabilité actuelle et la militarisation accrue du pays résultant de l’intervention américaine ne fassent qu’aggraver la situation », a indiqué la porte-parole du HCDH, rappelant que l’entité onusienne avait, « depuis une dizaine d’années », régulièrement alerté sur « la détérioration continue de la situation au Venezuela ». En février 2024, accusant l’organisme de manquer d’impartialité, Caracas avait annoncé « suspendre » les activités du HCDH dans le pays.
Guterres « profondément alarmé »
Le 3 janvier au matin, l’armée américaine a bombardé le Venezuela et enlevé son président Nicolás Maduro ainsi que son épouse Cilia Flores lors d’un raid mené sur Caracas. « Au cours des combats », avaient annoncé les autorités cubaines le 4 janvier, 32 membres des Forces armées révolutionnaires ou du ministère cubain de l'Intérieur ont été tués. Une opération américaine qui, selon The New York Times, était en préparation de longue date, après l’infiltration dans la capitale vénézuélienne, à l’été 2024, d’une équipe de la CIA.
« Indépendamment de la situation au Venezuela, ces développements constituent un dangereux précédent », avait déclaré le 3 janvier le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, soulignant que le Secrétaire général António Guterres était « profondément alarmé » par l’escalade au Venezuela et que l’intervention américaine « pourrait avoir des répercussions préoccupantes pour la région ».
Depuis cette intervention militaire — à laquelle les chancelleries européennes ont répondu de manière dispersée et avec de fortes disparités, en contradiction avec la posture affichée sur le dossier ukrainien — Donald Trump a menacé plusieurs autres pays d’Amérique latine ainsi que le Groenland, sur lequel il nourrit des visées de longue date.