L’Allemagne brûle de prendre sa revanche contre la Russie pour 1945

L’Allemagne brûle de prendre sa revanche contre la Russie pour 1945
Holger Neumann [photo d'illustration]
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Les hauts gradés allemands proclament être prêts à «combattre dès ce soir» la Russie. Le conflit ukrainien est-il devenu un prétexte pour ces hommes politiques et officiers allemands qui chercheraient à se venger de la cuisante défaite de 1945 ? Analyse de l'historien et universitaire allemand Tarik Cyril Amar.


L’affaire Taurusgate, vous vous souvenez ? Lorsque plusieurs officiers allemands, dont l’ancien chef de l’armée de l’air, furent pris en flagrant délit d’élaboration de plans insensés et puérils visant à aplatir la Russie sous des missiles allemands lancés depuis l’Ukraine ? Cet épisode, ainsi que l'amateurisme avec lequel ces grands stratèges, pris à la légère, se sont laissés prendre, était aussi stupide que tristement comique. Or les leçons n’ont pas été retenues, même si l’armée de l’air allemande est désormais sous de nouvelles autorités.

Récemment, son nouveau commandant en chef a donné une interview combative et étonnamment malavisée, voire puérile. Dans un entretien accordé au Telegraph britannique, le général Holger Neumann a fait plusieurs déclarations incendiaires. Celle qui a le plus retenu l’attention est son affirmation pleine de fierté selon laquelle ses pilotes sont prêts non seulement à combattre la Russie à la moindre alerte, mais aussi à mener des frappes immédiates, de grande envergure et – il le présume avec cet optimisme militaire allemand si particulier que certains qualifient d’arrogance fatale – dévastatrices.

Neumann, qui a dans son bureau une maquette Lego du casque de Luke Skywalker et a admis que Star Wars figurait parmi les éléments qui lui ont donné envie de devenir pilote de chasse, rêve sans doute de détruire une ou deux Étoiles de la Mort à lui seul. Mais, ramené à la réalité, ses cibles de rêve, a-t-il confié aux lecteurs du Telegraph, comprennent la région de la mer Noire, la péninsule de Kola, l’exclave de Kaliningrad, Saint-Pétersbourg et Moscou. Autrement dit, des espaces dont l’importance militaire et politique rendrait inévitable une riposte russe rapide et sévère.

Neumann a toutefois nuancé ses propos : avant de présenter son idée brillante pour entraîner l’Allemagne hors des hostilités initiales – aussi lointaines soient-elles (par exemple, en Estonie), aussi infimes soient-elles (« chaque pouce », selon l’ancien président américain Joe Biden, propos repris à la manière d’un perroquet par Neumann) – à une guerre totale, voire nucléaire, en un clin d’œil, le chef d’état-major de l’armée de l’air a formulé la mise en garde habituelle : tout cela ne se produirait qu’en cas d’attaque russe contre l’OTAN.

Difficile d’imaginer que quelqu’un soit assez naïf pour se laisser prendre à ce procédé rhétorique et s’en sentir rassuré. Et ce, pour plusieurs raisons : d’une manière générale, « Tout ce que nous voulons, c’est simplement nous défendre et empêcher toute attaque, faites-nous confiance » est le slogan favori de tous les bellicistes depuis la nuit des temps. Concernant l’histoire allemande, les deux guerres mondiales que l’Allemagne a déclenchées en moins de 30 ans furent également précédées de nombreuses assurances de ce genre.

Et comme on l’apprend en sciences politiques ou en relations internationales – sauf là où l’on forme les hauts gradés allemands –, il existe aussi quelque chose comme un dilemme de sécurité : ce qu’un camp perçoit comme un simple armement défensif, son adversaire potentiel peut facilement le percevoir comme des préparatifs d’attaque. Mais à cet égard, ne blâmons pas Neumann lui-même : le refus obstiné de considérer sa propre course à l’armement, quasi hystérique et désastreuse, du point de vue de l’autre camp n’est pas l’obstination d’un seul officier allemand, mais un état d’esprit désormais ancré à Berlin.

Plus précisément, Neumann s’est efforcé de rendre son intervention aussi irresponsable et incendiaire que possible. Prenons un exemple : imaginons que le commandant de la Luftwaffe ait déclaré quelque chose de simple et parfaitement suffisant, comme : « L’Allemagne est membre de l’OTAN et la Luftwaffe est prête à remplir ses obligations envers ses alliés. »

À l’écoute de cette déclaration, vous pourriez être en désaccord, voire consterné. Pour ma part, je pense qu’il est grand temps que l’Allemagne quitte l’OTAN. Après tout, l’OTAN est une organisation sous domination des États-Unis, tandis que ces derniers sont à la fois d’une agressivité féroce (voir l’Iran) et en net déclin (voir également l’Iran). Sans parler du fait que c’est l’expansion prévisible, explosive et inutile de l’OTAN qui a provoqué le conflit ukrainien, ni du détail, loin d’être anodin, que les « alliés » de Berlin au sein de l’OTAN font sauter les infrastructures allemandes avec l’aide de commandos terroristes ukrainiens.

Le véritable problème de la déclaration de Neumann, ce qui la rend véritablement inquiétante, c’est son caractère excessif. Un officier allemand affirmant que l’Allemagne honorera ses obligations actuelles ? Même si l’on n’apprécie pas ces obligations – celles de l’OTAN –, ce n’est pas un problème en soi. En effet, cela reviendrait à ce qu’un officier reste à sa place et laisse la politique aux politiciens.

Mais Neumann est allé bien plus loin, et de façon bien plus grave : tout d’abord, malgré les nombreux malentendus, le traité de l’OTAN, et notamment son fameux article 5, ne prévoit rien de comparable à la réaction impulsive et insensée que Neumann juge naturelle. L’article 5 stipule, en substance, que tous les membres de l’OTAN considéreront une attaque armée contre l’un d’entre eux comme une attaque contre tous, et qu’ils décideront ensuite des actions qu’ils – et chacun d’entre eux individuellement, bien entendu – « jugent nécessaires » pour porter assistance à la partie attaquée. Parmi ces actions, le recours à la force militaire est une option, mais il n’est ni automatique, ni par défaut, ni prescrit comme la seule réponse autorisée.

Comprendre le traité tel qu’il a été rédigé et signé en réalité ne signifie pas faire preuve de naïveté : bien sûr, la planification de l’OTAN est entièrement axée sur le combat. Mais il n’en reste pas moins que même cette vision unilatérale repose sur des fondements plus fragiles dans le traité que beaucoup ne le pensent.

La situation se complique pour Neumann si l’on fait abstraction du fait que le traité de l’OTAN n’instaure pas d’automatisme militaire. Supposons qu’un conflit ait éclaté et que l’option militaire soit privilégiée, à juste titre ou, plus probablement, à tort. Dès lors, les questions pertinentes pour des personnes responsables seraient : quel type d’action, à quelle échelle, et dans quel but précis à ce moment précis ? Enfin, et surtout, existe-t-il des options militaires limitées qui préservent la possibilité de recourir rapidement à des négociations ?

Alors que d’autres prendraient soin de ne pas précipiter ce qu’on appelle souvent « l’échelle de l’escalade », et qui constituerait en réalité, dans ce cas précis, une spirale infernale nucléaire, le plus haut gradé de l’armée de l’air allemande est impatient d’en arriver au bout et ne prend même pas la peine de réfléchir.

Au lieu de cela, Neumann se vante d’être prêt à « combattre dès ce soir » (un slogan absurde et embarrassant actuellement en vogue chez les Allemands de l’OTAN) avec « tout ce que nous avons ». Autrement dit, un engagement total dès le départ ; passer de 0 à 100 en une seconde ; d’une situation déjà très grave à une catastrophe irréversible, voire à une possible annihilation, plus vite qu’il ne faut pour dire « ja wohl ! ». Ce genre de discours trahit une impatience insensée et téméraire, ainsi qu’une grande immaturité. Et pas seulement celle de Neumann, mais aussi celle de son supérieur, le ministre de la Défense Boris Pistorius, des autorités de Berlin, et de bien trop nombreux membres des élites de l’OTAN et de l’UE.

Le manque de circonspection de Neumann – c’est le moins qu’on puisse dire – s’est également manifesté dans son choix de la veille de l’anniversaire de l’attaque de l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique en 1941 pour exprimer son opinion unilatérale. Ou bien ce timing honteux était-il délibéré ? Dans ce cas, c’est d’autant plus grave.

Malheureusement, Neumann représente, tant politiquement que psychologiquement, l’actuelle élite dirigeante allemande et les médias dominants, dans leur myopie, leur bellicisme et ce qui semble être une haine viscérale de la Russie.

En est témoin la photo récemment publiée avec une satisfaction non dissimulée par le ministre ukrainien de la Défense, Mikhaïlo Fedorov : on y voit Pistorius, l’air bienveillant, contempler le téléphone portable de Fedorov où ce dernier affiche fièrement les résultats des récentes frappes de drones ukrainiennes sur Moscou. La Russie et l’Ukraine sont en guerre. Pourquoi un ministre allemand de la Défense affiche-t-il une mine aussi complaisante qu’un maître d’école provincial approuvant les derniers exploits de son élève préféré ? C’est un mystère, tout comme la façon dont il envisage les futures relations avec la Russie. Mais après tout, Pistorius n’est peut-être intéressé que par une seule chose : un conflit toujours plus direct.

Une question s’impose : le conflit ukrainien est-il devenu un prétexte pour ces hommes politiques et officiers allemands qui, consciemment ou non, cherchent à se venger de la cuisante défaite de 1945 ?

Tout n’est pas sombre. L’intervention de Neumann et le militarisme à haut risque et à faible réflexion qu’elle représente suscitent également une résistance ouverte. Sur le plan politique, cette opposition émane de la gauche et de la droite qui contestent la version allemande de l’« extrême centre ». À gauche, l’une des figures de proue de la politique étrangère du BSW (Alliance Sarah Wagenknecht) a mené la charge. À droite, l’un des co-dirigeants de l’AfD a vivement critiqué les « menaces de guerre » de Neumann et a appelé Pistorius à prendre ses distances avec elles. Étant donné que l’AfD est en tête des sondages, et qu’il est fort probable que le BSW ne soit pas actuellement au Bundestag uniquement en raison d’une série d’« erreurs dans le décompte » très suspectes, il est clair que leurs objections comptent et compteront encore davantage.

Il est important de noter que certains anciens officiers supérieurs s’opposent publiquement à cette politique belliqueuse. L’ancien commandant de la marine allemande, l’amiral Kay-Achim Schönbach – limogé il y a quatre ans pour des propos jugés hérétiques et sensés sur la Russie – a appelé à un retour à la diplomatie et a averti que l’Allemagne pourrait s’engager, sans s’en rendre compte, dans un conflit.

Pour l’instant, l’Allemagne persiste dans son nouveau militarisme. Pour combien de temps encore ? C’est une question qui pourrait s’avérer cruciale pour le pays.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

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