Agriculteurs en colère : un «barrage filtrant» mis en place au port du Havre
© Mathieu Prudhomme / Anadolu Source: Gettyimages.ruAfin de dénoncer l’accord signé par l’Union européenne avec les pays du Mercosur, une centaine d’agriculteurs ont passé la nuit du 10 au 11 janvier à l’entrée du port du Havre où ils ont mis en place un «barrage filtrant» pour contrôler les camions. De multiples actions sont toujours en cours à travers la France.
La mobilisation du monde paysan se poursuit en France, après l’approbation par l’Union européenne de l’accord de libre-échange entre les Vingt-Sept et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay).
Voulant également faire entendre leur voix contre la réforme de la politique agricole commune (PAC) engagée par la Commission européenne ainsi que la gestion par le gouvernement français de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), des agriculteurs français ont continué de mener des actions coup de poing à travers le pays ce week-end du 10 et du 11 janvier.
En Normandie, une centaine d’entre eux ont ainsi passé la nuit à l’entrée du port du Havre (Seine-Maritime) pour mettre en place un « barrage filtrant » et contrôler les camions, afin de dénoncer l’accord signé par l’UE avec les pays du Mercosur, a déclaré un porte-parole des Jeunes agriculteurs.
« Nous sommes 250 à 300 agriculteurs et une soixantaine de tracteurs, notre objectif est de bloquer un point névralgique de l’import-export en contrôlant tous les camions qui sortent du port du Havre à partir de dimanche soir », a déclaré à l’AFP Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes agriculteurs de Seine-Maritime (JA76), syndicat proche de la première organisation agricole française, la FNSEA. « On est parti pour durer, on est très bien installé », a assuré le responsable syndical auprès de BFMTV.
Un premier barrage filtrant avait été installé non loin de là, dans la journée du 10 janvier, sur le pont de Normandie. « Le but de cette action est de se faire entendre, cela fait quatre ans qu’on manifeste et il ne se passe rien », avait déclaré au micro de BFMTV Jérôme Malandain, président des JA 76.
Accord UE-Mercosur : signature prévue le 17 janvier
En Bretagne, également le 10 janvier, ils ont été 150 à manifester à Brest avec une vingtaine de tracteurs. « On est train de se faire vendre au profit de pays qui produisent avec tout ce qui est interdit chez nous depuis plus de 30 ans », a dénoncé Pascal Pichon, éleveur et vice-président de la Coordination rurale du Finistère (CR 29), cité Ici Breizh Izel.
Plus au sud, aux abords du port de Bordeaux, des heurts ont éclaté entre forces de l’ordre et des agriculteurs qui bloquaient depuis le 7 janvier l'accès aux dépôts pétroliers d'Ambès, à Bassens. Trois d’entre eux ont été placés en garde à vue, dont le coprésident de la CR 33, Vincent Collineau, « après des mouvements de tracteurs jugés dangereux par les forces de l’ordre », peut-on lire dans la presse régionale.
À Boisseuil, près de Limoges (Haute-Vienne), sur la RN 88 à Saint-Pierre-Eynac (Haute-Loire), sur l’autoroute à hauteur de Lafitte-Vigordane A64 (Haute-Garonne) ou encore sur l'autoroute A63 au niveau de Saint-Pierre-d'Irube (Pyrénées-Atlantiques), des actions ont été rapportées. La Coordination rurale a également indiqué qu'elle poursuit les blocages entamés le 9 janvier sur plusieurs ronds-points de la rocade de Mont-de-Marsan (Landes). Un mouvement qui, selon le syndicat, devrait perdurer au moins jusqu'à ce 11 janvier au soir.
Le 9 janvier à Bruxelles, une majorité d'États européens a soutenu l'accord de libre-échange avec le Mercosur, malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France. L’accord devrait être signé au Paraguay le 17 janvier, à en croire les déclarations sur les réseaux sociaux du ministre argentin des Affaires étrangères, Pablo Quirno.